Landes en flammes : jusqu’à quand on fera semblant ?

Depuis jeudi 23 juillet, le nord des Landes brûle. Ce dimanche 26, on nous parle d’une journée « capitale », peut-être décisive. Environ 3 600 hectares ravagés, un feu mieux contenu mais toujours pas fixé, plus de 30 000 personnes évacuées (jusqu’à près de 37 000 au plus fort de la crise). Biscarrosse, Parentis-en-Born… des communes entières vidées en quelques heures. Entre 110 et 120 habitations ou bâtiments partis en fumée. Sur le terrain, le mot qui revient n’est plus seulement « incendie ». C’est « apocalypse ».

L’origine ? Une camionnette qui prend feu après une casse moteur, route de Bordeaux, secteur Goubern à Biscarrosse. Un fait banal. Dans une forêt de pins desséchée jusqu’à l’os par des semaines de chaleur et de sécheresse, ce banal a tout embrasé. Comme en 2022. Comme tous les étés où l’on croise les doigts en espérant que « ça passera ». Sauf que cette fois, le brasier landais s’inscrit dans une catastrophe plus large : en Gironde, 42 000 hectares brûlés, 220 000 évacués, les flammes à une quinzaine de kilomètres de l’agglomération bordelaise. Emmanuel Macron a activé le mécanisme européen de protection civile. Les fumées ont atteint le Lot. On lance une alerte pollution. Bravo : on gère l’urgence. On ne gère jamais la cause.

À Mont-de-Marsan, les fêtes de la Madeleine se terminent ce soir sans feu d’artifice — « indécent de le maintenir », a-t-on reconnu — avec un dispositif de fin de soirée resserré. La fête s’arrête quand la forêt brûle. C’est le minimum du minimum. Pendant ce temps, des milliers de Landais dorment dans des gymnases, chez de la famille ou ailleurs. Des campings vidés. Une saison d’été qui part en fumée pour des commerçants déjà à bout. Des habitants qui ne savent pas s’ils reverront leur maison. Et demain, on leur parlera d’indemnisation, de « résilience », de « solidarité nationale ». Comme si ça suffisait.

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Sur les réseaux, la colère est nette, plus amère qu’en 2022. « On savait que ça allait arriver. On le dit tous les ans. » « Les DFCI, les pistes, le débroussaillage… on en parle beaucoup, on en fait moins. » « On continue de construire en forêt, d’accueillir toujours plus de monde l’été, et on s’étonne. » D’autres saluent — à juste titre — le courage des pompiers, des forestiers, des bénévoles, des maires de terrain qui gèrent l’enfer avec les moyens du bord. Personne ne conteste l’engagement des soldats du feu. C’est tout le reste qui est indécent.

Car le vrai sujet n’est pas le vent ni même seulement la sécheresse. La forêt landaise n’est plus un simple massif productif : c’est devenu un espace habité, touristique, fragmenté, sous pression permanente. On y construit, on y campe, on y circule, on y laisse traîner une étincelle. Et quand le feu part, on redécouvre — encore — que les moyens aériens manquent, que les renforts arrivent au compte-gouttes, que les plans d’évacuation tiennent à un fil. On expliquera demain que « le changement climatique » rend tout plus difficile. C’est vrai. Et c’est surtout une excuse commode. Ça n’exonère personne de regarder en face l’aménagement du territoire, l’entretien des massifs, la culture du risque et la responsabilité individuelle… et politique.

Depuis des années, on densifie le Born et les abords du bassin, on bétonne les lisières, on multiplie les hébergements en zone sensible, on laisse trop souvent les obligations légales de débroussaillage à l’état de vœu pieux. On préfère parler d’attractivité touristique et de retombées économiques. Jusqu’au jour où ça brûle. Alors on active les cellules de crise, on envoie les Canadair, on remercie les pompiers, et on passe à autre chose. Jusqu’à l’été suivant.

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Comme souvent, on fera le compte des hectares, des hélicos et des chèques. On parlera moins des choix qui, depuis vingt ans, ont rendu cette forêt plus vulnérable et ces populations plus exposées. On ne voudra pas « stigmatiser » ni rouvrir le débat sur le modèle touristique du littoral landais. On dira que ça arrive aussi ailleurs. Et l’été prochain, on recommencera. En pire.

Ce dimanche 26 juillet, pendant que les colonnes de fumée montent encore vers le ciel landais, une chose est claire : ce n’est pas seulement du bois qui brûle. C’est un modèle qui s’effondre sous nos yeux. Et ceux qui prétendent encore ne pas le voir devraient, pour une fois, regarder les flammes en face.