1949 : Les Landes en flammes

Cet été, l’actualité a été marquée par l’incendie qui a ravagé le département de l’Aude. L’occasion de reparler du grand précédent landais de 1949…

Le terrible incendie estival de Ribaute, dans l’Aude, a fait rappeler cet été aux grands médias qu’il fallait remonter à 1949 pour retrouver trace de pareil sinistre dans l’Hexagone, référence à l’incendie parti de la commune girondine de Saucats et qui, entre le 19 et le 25 août, avait détruit plus de 50.000 hectares de forêt et tué plus de 80 personnes.

Mais cet été meurtrier de 1949 avait commencé un bon mois plus tôt, encouragé par la sécheresse et le manque d’entretien du massif landais au sortir de la guerre. Dès la mi-juillet, Sud-Ouest parle de 8.000 hectares de landes et de pins brûlés dans la zone de Pissos, Sabres, Trensacq, Sore, Luxey et Labrit : « Tout le personnel de la défense contre les incendies de forêts, ainsi que les troupes aéroportées de Pau, Mont-de-Marsan, Tarbes, la marine de Mimizan, l’aviation de Cazaux et de Mont-de-Marsan, aidés par la population civile, ont accompli avec un admirable dévouement les opérations de sauvetage ». Le feu est parti d’une charbonnière. Le quotidien ajoute que « l’étendue des landes rases brûlées est beaucoup plus importante que les parcelles boisées détruites, car le foyer s’est développé en grande partie sur l’emplacement des anciens incendies de 1945 et 1946 ».

Dès lors, le journal se lancera dans une longue litanie de départs de feux. Fin juillet, 12 hectares brûlent par exemple entre Uza et Lévignacq. Le 2 août, le journal évoque plusieurs foyers du côté de Linxe, ainsi que l’arrestation de deux suspects. Le caractère déjà exceptionnel de la situation pousse le député des Landes, M. Lamarque-Cando, à solliciter le ministère de l’agriculture au sujet de la vente des bois brûlés. Il milite en outre auprès du ministre pour la mise en place d’un système de grands pare-feux.

La une du quotidien régional Sud-Ouest le 17 août 1949.
La une du quotidien régional Sud-Ouest le 17 août 1949.

De la Gironde aux Landes

Le 12 août, Sud-Ouest titre sur la recrudescence des incendies de forêt, mentionnant 7 nouveaux départs de feux, dont un qui semble inquiéter vers Saint-Geours-de-Maremne, et d’autres sur les routes de Dax à Castets et de Castets à Uza. Le 13, le journal annonce la destruction de 2.000 hectares autour de Castets : « Le pourtour du sinistre peut être évalué à 70 et 80 kilomètres et s’amplifie toujours. La moitié de la forêt de Castets, pins gemmés et coupes, est détruite », écrit Alex Cazalis.

A lire également  Club des Lecteurs aux Archives départementales

Pendant tout ce temps, le feu ne s’est pas cantonné au département des Landes. Après Castelnau-de-Médoc en juillet, des incendies partis de Lartigue « poussent des pointes en Lot-et-Garonne et dans les Landes », peut-on ainsi lire dans le quotidien du 15 août, alors qu’un sinistre autour de Lanton, Andernos et Arès, parti trois jours plus tôt, paraît maîtrisé.

Le 16, « le feu éclate à nouveau dans les Landes » : 14 maisons sont déclarées détruites dans la région de Roquefort. Dans le même temps « 8.500 hectares de pins sont livrés aux flammes » aux confins de la Gironde et de la Charente Maritime. Le lendemain, « le gigantesque incendie de la forêt landaise paraît maîtrisé », mais le bilan fait déjà froid dans le dos avec 20.000 hectares ravagés « sur une ligne allant de Luxey, le Poteau, Losse, Bouriot-Bergonce à Lugaud-Retjons ». Le quotidien parle même (déjà !) d’une catastrophe dont on « ne connaît de précédent qu’en remontant à plus de cinquante ans en arrière ». Ont brûlé 15.000 hectares de landes et de semis, et 5.000 de pins âgés de 15 à 40 ans : « La violence du feu a été telle que les sauveteurs n’ont pu éviter que 14 maisons, dont le château de M. Sourbets, à Bouriot-Bergonce, ne soient la proie des flammes ». Contrairement à ce qui avait été annoncé la veille, aucune victime n’est à déplorer. Sur une pleine page, Sud-Ouest publie de terribles images de désolation.

Le 18 août, alors que le grand incendie de l’été n’est pas encore survenu, « le feu reprend avec violence dans les Landes », du côté de Losse, et prend la direction de Lubbon, sur la route de Mont-de-Marsan à Casteljaloux : « Le sinistre prend de grandes proportions et l’on craint de ne pouvoir sauver l’important massif forestier de cette région », déplore le quotidien.

La une du quotidien régional Sud-Ouest le 22 août 1949.
La une du quotidien régional Sud-Ouest le 22 août 1949.

Un bilan terrifiant

Le 19 août, le feu de Lartigue et Allons descend vers le sud. Il se dirige vers Gabarret. Des renforts viennent de Montauban. Pendant ce temps, deux incendiaires sont arrêtés en Gironde. Le 20, 3.000 hommes sont déjà déployés, et le feu est contenu à 300 mètres de la gare de Gabarret. Les sauveteurs sont des militaires de toute la région, accompagnés de camions et camions-citernes, de jeeps et de half-tracks.

A lire également  Deux écrivains à Mont-de-Marsan pour Lettres du monde

Alors que le grand feu est en cours, un premier bilan des incendies est publié par le ministère de l’intérieur, qui estime les dégâts à 3 milliards et demi de francs, ainsi qu’à 104.000 hectares de forêt dévastés, sur une superficie totale de plus d’un million. 70.000 hectares ont brûlé dans les Landes (où le susdit château et 20 métairies sont détruits), 21.000 en Gironde et 13.000 en Lot-et-Garonne. Le ministère rappelle que les incendies volontaires sont passibles de travaux forcés à perpétuité.

Le 22 août, on commence à mieux comprendre les ravages causés par l’incendie de Saucats : 71 cadavres de sauveteurs ont déjà été retrouvés au milieu de 50.000 hectares de pins ravagés. Plus de 100 blessés sont recensés, 200 maisons et fermes sont détruites. Par ailleurs, 6.000 hectares brûlent en même temps dans le Bazadais. Toute l’actualité régionale tourne autour des flammes : un jeune incendiaire, responsable de trois départs de feu, est arrêté à Cazères-sur-l’Adour.

Le 23, on apprend que M. Ramadier « a salué au nom du gouvernement les dépouilles des courageux sauveteurs ». Le feu remplit toute la une de Sud-Ouest. Le 24 août est une journée de deuil national, alors que le feu reprend à Saucats et que le château de Montesquieu est menacé. Mais l’incendie est « pratiquement maîtrisé partout ailleurs », selon le quotidien, qui publie dans ses colonnes un « rapport sur les mesures à prendre pour défendre la forêt landaise ». Le 25, Sud-Ouest « ouvre une souscription et lance un appel à la solidarité régionale ». « Première journée calme sur l’ensemble du front du feu », titre-t-il avant de relater les obsèques de 23 militaires « tombés en combattant le fléau ».

La une du quotidien régional Sud-Ouest le 24 août 1949.
La une du quotidien régional Sud-Ouest le 24 août 1949.

Des feux à n’en plus finir

Le gros des incendies est maintenant derrière la population, mais tout séisme a ses répliques. Le 26, le feu reprend dans les Landes, à Liposthey et à Maillères, tandis que la France « a rendu un suprême hommage aux héros civils et militaires victimes de leur dévouement ». Le 31, Sud-Ouest fait état des nombreux départs de feux landais de la veille : Seignosse à 4h (depuis la grange de M. Laudouar), Labenne à 16h, Taller à 17h et à 18h… La litanie n’est toujours pas terminée. Mais ces incendies sont rapidement contenus.

A lire également  La série sur François Mitterrand tournée dans les Landes arrive le 5 janvier

Le 5 septembre, la souscription du journal a déjà permis de récolter 5 millions de francs. Le feu court toujours à Houeillès et Allons, en Lot-et-Garonne : 1.500 hectares sont touchés. Le bilan passe à 4.000 dès le lendemain. Pour l’anecdote, le journal relate ce jour-là un « gigantesque incendie à Tchoung King », en Chine. Bilan : 4.000 morts et 100.000 sans-abri…

Le 13 septembre, reprise du feu « rapidement maîtrisée » dans les Landes, à Bias, Losse, Saint-Perdon et Luglon, mais 60 hectares ont tout de même brûlé… Tout comme 15 autres… en Dordogne. Le 14, nouvel incendie à Sabres, du côté de Morcenx et Arengosse, et encore un autre un peu plus au sud, à Garrosse. Selon le journal, il s’agit de reprises de feu liées à « une violente tornade ». On apprend au passage qu’à Hossegor, une fête a été donnée au Sporting casino, au bénéfice des sinistrés. Cet événement « a connu le plus grand succès », avec une vente aux enchères qui a rapporté 40.000 francs.

Le 15 septembre, un nouvel incendie touche Bias et le feu reprend à Sabres, « où l’avance des flammes est contenue ». La souscription de Sud-Ouest a franchi le cap des 9 millions de francs. Le 21, le journal s’interroge sur « l’aviation dans la défense contre les incendies de forêts » : la « liaison avion-sol » est la « condition primordiale d’une défense efficace ». Décidément un autre temps…

Il faudra finalement attendre le 24 septembre et une « trombe d’eau sur la Guadeloupe » pour retrouver un peu de sérénité… En attendant les traditionnelles inondations landaises de la morte saison…

JM

À consulter, la page Wikipédia dédiée au grand incendie de 1949

La une du quotidien régional Sud-Ouest le 26 août 1949.
La une du quotidien régional Sud-Ouest le 26 août 1949.

Crédits illustrations : Archives départementales des Landes, Sud-Ouest.