Les pins, la dune, l’océan… Mais encore ?

Dans la communication des institutions, entreprises et associations landaises, s’impose toujours, et peut-être même plus que jamais, cette jolie carte postale mêlant pins, dune et océan, un cliché auquel rien n’y échappe : le marketing du Département et de ses stations balnéaires, les campagnes publicitaires des offices de tourisme, l’iconographie des producteurs locaux s’y plient comme à un dogme.

Logique : à quoi pourrait-on donc résumer notre chère contrée en ces temps où tout écrit doit se limiter à 280 signes et toute image à un logo épuré – comme le nôtre, il faut bien l’avouer ! – ? Cette symbolique, en un certain sens, constitue une force. Elle vient d’ailleurs de loin : nos peintres, Sourgen en tête, se sont échinés avant nous à en capter l’essence, et même à nous en livrer une version idéale, c’est-à-dire imaginaire.

Mais cette symbolique présente aussi un inconvénient : une forme de réduction du pays à une caricature, avec le risque d’une contamination aux icônes secondaires, du Gascon à peau de mouton sur ses échasses à la course landaise en passant par la glisse, Notre-Dame-du-Rugby, le thermalisme, les assemblades et le patrimoine gastronomique. Les cercles culturels locaux, en ces temps de déclin intellectuel, se raccrochent d’ailleurs un peu désespérément à ces clichés secondaires pour marquer leur différence et parfois, il faut le dire, de manière un peu pathétique et univoque, bien près de se pasticher eux-mêmes. Et à les lire ou les écouter, on se prend parfois à regretter le venteux silence de la morne plaine…

Les Landes sont autre chose qu’un décor, qu’une série d’images fixes. Elles sont une atmosphère, un mouvement – ce ciel changeant, ces calmes et ces tempêtes, ce soleil et ces orages, ces hivers tranquilles et ces étés surpeuplés –, une lumière que l’on ne saurait si aisément fixer, même avec le plus bel appareil photo. Des colonies d’écrivains n’y sont peut-être pas venues séjourner pour rien. Elles y recherchaient déjà un certain exotisme au temps des marais et des superstitions. Hugo, Stendhal, Flaubert, Gautier n’ont peut-être fait que passer, mais en retirèrent déjà les étranges impressions magnifiquement développées par About, Taine et d’autres, ces regards extérieurs si nécessaires pour compléter les « visions de l’intérieur » de locaux, Arnaudin le premier, Arnaudin qui a certainement su le mieux surprendre ce « mouvement » dont on parle, du moins dans sa dimension culturelle et historique. Et la tendance n’a fait que s’accentuer par la suite, de l’installation de Rosny jeune à Hossegor jusqu’à nos auteurs contemporains.

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Il y a toujours dans ces Landes qui n’en sont plus, vaste territoire où l’on perd la notion du temps et des distances, quelque chose d’insaisissable. Les Landes sont un laboratoire de contrastes et de mutations qui ne tolère probablement pas si bien les clichés que d’autres terrains de jeu, à commencer par nos grandes villes à monuments. Landes côtières et Landes intérieures, Landes forestières et Landes agricoles, Landes en flammes et Landes inondées, Landes sauvages et solitaires, refuge d’une faune et d’une flore uniques, et Landes sociables et civilisées, avec leurs habitants souriants et hospitaliers, Landes antiques à voies romaines et Landes modernes, rendez-vous des surfeurs et des Tesla : notre Yin et notre Yang ne se limitent pas au vert de la pignada et au bleu de l’océan…