Les mystérieuses chartes de Lobaner sous l’œil de la science

Le vendredi 14 novembre prochain, les Archives départementales des Landes accueilleront une journée d’études inédite consacrée aux célèbres chartes de Lobaner.

Les chartes dites de Lobaner, documents controversés de type médiéval, retracent la fondation de Mont-de-Marsan. Elles ont fait l’objet d’une recherche scientifique exceptionnelle mêlant datation au carbone 14 et imagerie hyper-spectrale. Pour la première fois, la science moderne livre ses conclusions sur l’un des plus grands mystères de l’histoire landaise.

Des chartes controversées

Les Archives départementales des Landes viennent d’annoncer une journée exceptionnelle. Les chartes de Lobaner, conservées dans le fonds des archives communales de Mont-de-Marsan, constituent un cas d’école de ce que les historiens nomment des « forgeries », c’est-à-dire des faux historiques.

Leur histoire est aussi rocambolesque que leur contenu. Prétendument exhumées en 1810 des fondations du Château-Vieux de Mont-de-Marsan, ces chartes en langue romane retracent la fondation de la ville par Pierre dit « de Lobaner », vicomte de Marsan, au XIIe siècle, précédée par une première fondation légendaire par Charlemagne lui-même, après la bataille de Roncevaux au VIIIe siècle.

À l’époque, six parchemins auraient été découverts lors de travaux dans les fondations du bâtiment. Le préfet de l’époque, le baron J.M. Duplantier, présente solennellement ces documents qui révèlent des détails précieux sur la fondation de la ville et mentionnent plusieurs personnages correspondant à des notables locaux qui en seraient les descendants.

Très vite, les chartes sont authentifiées par des experts, dont le secrétaire des Archives de France. L’histoire ancienne de Mont-de-Marsan ainsi « dévoilée » est reprise dans plusieurs ouvrages du XIXe siècle. Mais le doute s’installe progressivement. En 1854, la revue L’Athenaeum Français indique que le style employé et certains points de droit féodal révèlent l’œuvre d’un faussaire.

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Le coup de grâce est porté en 1861 par l’historien et chartiste Jean-François Bladé, qui vient sur place se livrer à une enquête minutieuse. Ses remarques sont sans appel : invraisemblances, anachronismes de style, détails copiés dans des ouvrages anciens, langue malmenée, formules incompatibles avec le droit féodal. Il conclut à des « faux apocryphes modernes », nés de la collaboration entre le préfet Duplantier et M. Ducournau, candidat à la magistrature impériale.

Si la critique historique a donc prouvé qu’il s’agissait de faux, une question essentielle demeurait en suspens : à quelle époque exacte ces documents ont-ils été fabriqués ? Le XIXe siècle comme le supposait Bladé ? Le XVIIIe siècle ? Plus tôt encore ?

Une charte qui a fait couler beaucoup d’encre (crédit : Archives départementales des Landes).

Une enquête scientifique inédite

Pour répondre à cette énigme, un projet d’étude historique d’une ampleur exceptionnelle a été mené dans l’enceinte même des Archives départementales des Landes. Sous la direction de Frédéric Boutoulle, professeur d’histoire médiévale à l’Université Bordeaux-Montaigne et membre de l’UMR Ausonius, une équipe pluridisciplinaire s’est formée en partenariat avec l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (ITEM) et Bordeaux Archéosciences.

L’originalité de cette recherche réside dans la combinaison de méthodes scientifiques de pointe pour étudier la matérialité même des chartes :

  • La datation au carbone 14 du parchemin : Cette méthode radiométrique, qui mesure la proportion de carbone 14 restant dans la matière organique, permet de déterminer l’âge du support. Le parchemin, fabriqué à partir de peau animale, conserve en effet une « mémoire » de l’époque où l’animal était vivant.
  • L’analyse des encres par caméra hyper-spectrale SWIR : Cette technologie d’imagerie permet d’analyser la composition chimique des encres sans prélèvement destructif, en observant leur comportement dans différentes longueurs d’onde lumineuses.
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Ces analyses de pointe, habituellement réservées aux manuscrits d’une importance majeure, ont rarement été appliquées à des documents comme les chartes de Lobaner. Elles permettent non seulement de dater le support physique, mais aussi de comprendre les techniques d’écriture utilisées, fournissant ainsi des indices précieux sur la période de fabrication de ces faux.

Pour mémoire, Pierre de Marsan (également désigné sous le nom de Pierre de Lobaner en raison du prénom de son père, Loup Anarius) est bien un personnage historique qui a réellement fondé Mont-de-Marsan entre 1133 et 1141. Vicomte de Marsan et comte de Bigorre par son mariage avec Béatrix II de Bigorre, il décida d’établir un castelnau au confluent de la Douze et du Midou, donnant ainsi naissance à la capitale actuelle des Landes. Il décéda le 30 août 1163.

Quand la science se mêle d’histoire (crédit : Archives départementales des Landes).

Une journée d’études ouverte à tous

La journée d’études du 14 novembre, qui se tiendra de 9h15 à 16h30 aux Archives départementales des Landes à Mont-de-Marsan, permettra de découvrir les résultats de cette enquête scientifique hors du commun. Le programme réunira pas moins de onze intervenants, tous experts reconnus dans leur domaine.

Cette manifestation scientifique offrira l’occasion unique de lever le voile sur les mystères de ces chartes, de (re)découvrir l’histoire médiévale de Mont-de-Marsan sous un jour nouveau, et de comprendre l’évolution des techniques d’écriture et de fabrication des documents à travers les siècles.

L’entrée est libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. Aucune réservation n’est nécessaire. Le programme complet et détaillé est disponible sur le site internet des Archives départementales : archives.landes.fr

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Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les passionnés d’histoire locale, de patrimoine et de sciences.