
Municipales 2026 : première peau de banane à Mont-de-Marsan
L’information a « fuité » cette semaine et s’est répandue sur la toile comme une traînée de poudre. Pas un titre de PQR n’a fait l’impasse en apprenant que Charles Dayot, le maire de Mont-de-Marsan, a conduit plusieurs années avec un permis annulé. Son permis avait été invalidé début 2022 après la perte de tous ses points, consécutive à diverses infractions routières. Selon une source anonyme citée par ICI Gascogne (France Bleu), un courrier recommandé officiel avait été envoyé par le ministère de l’intérieur en 2022 pour l’informer de cette annulation, mais le pli n’avait jamais été retiré à la poste. L’élu a donc continué de circuler au volant jusqu’à ces derniers jours, affirmant qu’il n’était pas au courant de sa situation et qu’il a appris l’information par le préfet. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il ajoute qu’il prendra désormais son vélo, ce qui lui permettra d’emprunter les pistes cyclables rénovées et/ou mises en place sous son mandat. Pirouette landaise…
La procureure de Mont-de-Marsan a annoncé l’ouverture d’une procédure qui sera confiée à un autre parquet, pour déterminer si l’élu a commis une infraction pénale. Conduire avec un permis annulé est un délit, mais encore faut-il en être informé, ou bien savoir compter ses points… De son côté, Charles Dayot envisage de porter plainte pour violation du secret professionnel, contestant la divulgation d’informations confidentielles à la presse. Il a également saisi l’IGPN et demandé des enquêtes internes pour identifier la source des fuites. Pas forcément très adroit : qu’on soit de bonne foi ou non, c’est beaucoup dramatiser.
Bref, on peut penser ce que l’on veut de Charles Dayot, de son mandat et de l’usage fait à Mont-de-Marsan des deniers publics, c’est tout de même beaucoup de foin pour pas grand-chose. Autrement dit, cela sent la tempête dans un verre d’eau. Cela pourrait même faire gagner quelques électeurs à l’élu, vu le nombre de personnes qui roulent sans permis dans l’Hexagone ! En tout cas, cela nous semble plus porteur qu’un détournement de fonds en bonne et due forme. Oui, oui, l’exemplarité… Mais enfin on a connu bien pire, et pas si loin que ça…
Ceci posé, l’on peut s’amuser à spéculer, à quelques mois des municipales 2026, sur l’origine de cette première peau de banane glissée devant l’hôtel de ville de Mont-de-Marsan où, à ce stade, se dessinent quatre candidatures : l’ex-ministre Geneviève Darrieussecq (MoDem), Frédéric Dutin (union PS-PCF-EELV-Place Publique-GRS), Nicolas Leregle (RN) et, potentiellement, le maire sortant Charles Dayot, qui n’a toujours pas officialisé sa candidature, faisant titrer à un Sud-Ouest toujours à l’affût d’une pigne ou d’une aiguille à destination de l’autre bord : « La drôle de campagne de Charles Dayot ». Et pourquoi pas tâter le terrain avant de dépenser des fortunes pour imprimer des affiches?
Nous savions déjà que le divorce était consommé entre Charles Dayot et l’ancienne maire Geneviève Darrieussecq, soutenue par Mathieu Ara (MoDem), qui dénonce le non-respect du programme de 2020 et une gestion financière catastrophique ayant conduit à une forte hausse des impôts locaux. Cette division du centre-droit pourrait être fatale : face à une gauche qui présente un front uni, l’éparpillement des voix modérées et conservatrices risque d’offrir la victoire au PS, historiquement puissant dans les Landes et soutenu par une PQR qui ne s’en cache même plus. Le RN, historiquement faible à Mont-de-Marsan (environ 9% en 2014), espère quant à lui jouer les trouble-fête en misant ouvertement sur cette dispersion.
La « révélation du permis » intervient dans un contexte déjà tendu. Charles Dayot, maire sans étiquette arrivé en 2017 après le départ de Darrieussecq pour Paris, n’a jamais vraiment confirmé son intention de se représenter. Pour ce rusé politique, homme de contact, cette affaire pourrait aussi constituer une porte de sortie honorable pour ne pas se confronter à un scrutin où ses chances pourraient apparaître compromises, coincé entre une ancienne mentor macrono-compatible qui revient le défier et une gauche landaise ayant pignon sur rue.
En résumé, le maire de Mont-de-Marsan conduisait alors que son permis était annulé. Mais est-ce vraiment plus choquant que la taille du service de la communication d’une agglomération d’à peine 60.000 habitants, même mutualisé avec celui de la ville ? Treize à table… Pas sûr que certaines structures bien plus volumineuses puissent en dire autant, quoique l’on n’ait rien à reprocher aux communicants dudit service, ni que d’autres formations politiques soient plus capables de rationaliser ce gros effort de guerre « informationnelle ». Peu importe : ce sera à l’électeur d’en décider, et loin de nous l’idée de vouloir l’influencer. Nos confrères font déjà tout cela très bien : ils ne sont plus à une « fillonnerie » près.
JM