Rétro : un outrage pendant l’office

Il y a tout juste 150 ans, il s’en passait de belles du côté d’Oeyregave, comme en témoignaient alors encore le Courrier de la Gironde et le Journal des Landes.

Voici ce que nous pouvons lire dans le Journal des Landes du 24 septembre 1875, il y a pile 150 ans :

TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE DAX.

Outrage à un Ministre du Culte. — Interruption de l’Office divin.

C’est dans le Courrier de la Gironde du 20 que nous trouvons le compte-rendu de cette affaire :

« Sur la plainte du curé d’Oeyregave, des poursuites ont été dirigées contre un paroissien auquel la plainte imputait une mauvaise tenue à l’église. Il paraît que pendant les offices religieux, et notamment pendant les vêpres, l’inculpé, qui avait sa place marquée dans le chœur à côté des chantres et en face du curé, se permettait de cracher avec affectation de manière à ce que ses crachats arrivaient à un mètre du curé. Il convient de dire que depuis longtemps déjà ce paroissien vivait en mauvaise intelligence avec le curé.

Le prêtre vit là un outrage. Il se plaignit de cette irrévérence au paroissien lui-même ; mais celui-ci, ne tenant aucun compte des avertissements du curé, aurait continué à scandaliser les fidèles et forcé le prêtre à interrompre le service divin pour dénoncer à l’assistance les actes irrévérencieux dont il était l’objet.

La question, devant le tribunal correctionnel de Dax, saisi de la plainte, était de savoir si ces faits constituaient l’outrage puni par l’article 262 du code pénal.

Le tribunal déclare que les tribunaux sont souverains appréciateurs des faits qui constituent l’outrage ; qu’au surplus, il y a eu interruption de l’office divin et que ce dernier fait est prévu par le code pénal.

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Mais tenant compte au prévenu de ce qu’il appartenait d’une famille des plus honorables, de ce qu’il n’a jamais été personnellement reprochable, et, ajoute le jugement, « sans qu’il y ait lieu de rechercher les causes des inimitiés existant entre le curé et lui », le tribunal, admettant l’existence de circonstances atténuantes, le condamne à 300 fr. d’amende et aux dépens. »

Cent-cinquante ans plus tard, le monde a bien changé… Et l’on ne sait s’il faut en sourire ou en pleurer…

JM