LGV : un sondage… et des questions

Alors qu’une nouvelle enquête publique environnementale se prépare autour du grand projet de LGV Bordeaux-Toulouse/Dax, la Région Nouvelle-Aquitaine vient de communiquer sur les résultats d’un sondage commandé à Odoxa par SNCF Réseau et les partenaires de la société du Grand Projet du Sud-Ouest (GPSO). Sur un échantillon de 2 000 personnes issues des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, 87% soutiendraient le projet. Dans les Landes, le niveau d’adhésion atteindrait 86%. Seul le Sud-Gironde y serait encore majoritairement opposé (à 56%).

Que l’on soit pour ou contre ce grand projet ferroviaire, dont on rappelle que la seconde phase prévoit une prolongation vers l’Espagne via Dax, le timing et les résultats de ce sondage posent question. D’abord, il y a toujours quelque chose d’inquiétant à tirer gloire d’un simple sondage. Structure de l’échantillon, présentation préalable du projet, formulation des questions, commanditaire partisan du projet : volontaires ou non, les biais possibles sont nombreux.

Ce qui n’empêche pas M. Rousset, président de la Région, de déclarer que « les résultats de ce sondage montrent une adhésion forte et très majoritaire au projet de Ligne Nouvelle du Sud-Ouest. C’est un encouragement clair à poursuivre ce chantier, qui est une opportunité majeure pour améliorer la mobilité décarbonée, renforcer notre dynamisme économique et mieux desservir nos territoires ». Et Mme Delga de considérer, alors que de légitimes critiques persistent, que « contrairement à ce que quelques-uns essaient de faire croire, la population, elle, sait parfaitement que ce projet est vital pour l’avenir de nos deux régions », ou encore que « le temps des débats stériles est derrière nous : la LGV se fera ».

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Ce n’est décidément pas l’humilité qui étouffe nos présidents de Région. Cette manière de clore les discussions n’enchantera sans doute pas les sceptiques. Un sondage peut donc remplacer un processus de consultation démocratique contradictoire… sur lequel il faut bien dire que la communication est beaucoup plus discrète !

Coût colossal du projet, argumentaire peu rassurant sur l’impact écologique des chantiers présents et à venir, nuisances de toutes espèces, retombées difficiles à estimer objectivement en termes économiques ou de desserte des zones enclavées, lointain horizon du projet : tout cela n’inquiète guère nos élites, dont l’enthousiasme excessif n’est pas de nature à nous rassurer. Les avis critiques de l’Autorité environnementale sont d’ailleurs là pour nous le rappeler, même si l’on voudrait réduire l’opposition à ce projet à une bande de radicaux prêts à brandir leurs pancartes à la moindre contrariété. Dans un nouvel avis rendu ce 25 septembre, l’AE se montre à nouveau très critique, évoquant une étude d’impact encore « incomplète » et des « lacunes de fond ».

Quant aux retombées économiques, l’exemple de la LGV Paris-Bordeaux, autre projet vital qui a coûté entre 7 et 8 milliards d’euros, nous montre que tout n’est pas aussi simple que ce que les partisans du GPSO prétendent. L’effet positif sur les inégalités territoriales et sur l’activité économique reste à démontrer. D’un point de vue général, la zone couverte ne semble pas s’être muée en un paradis désenclavé. Mais s’il ne s’agissait que de faire monter les prix de l’immobilier à Bordeaux… Alors pourquoi pas ?

La ligne Toulouse-Bordeaux coûtera, elle, plus de 14 milliards, soit le double pour une distance similaire, et avec des projections de trafic dont on sait ce qu’elles valent (le trafic réel sur la ligne Paris-Bordeaux a été inférieur de plus de 10% aux prévisions initiales)… Ces grands chantiers de long terme sont par nature des investissements très risqués (avec nos deniers, faut-il rappeler, tout comme ces commandes d’enquêtes d’opinion). Nous parlons de grands paris économiques sur l’avenir, avec un degré d’incertitude qui devrait tempérer l’ardeur de nos politiques. Disons-le sans parti-pris : ils seraient parfois plus inspirés de l’admettre plutôt que de nous vendre la vie en rose à coups de sondages.