Les élus landais écrivent au premier ministre

Dans un courrier adressé à Sébastien Lecornu, six élus landais s’inquiètent de la situation actuelle de l’agriculture sur le département. Nous reproduisons ci-dessous la lettre envoyée au premier ministre ce mardi 20 janvier.

« Monsieur le Premier ministre,

La crise qui frappe l’agriculture française atteint une gravité sans précédent. Dans les Landes, les indicateurs sont alarmants et traduisent de façon brutale la réalité de la situation des agriculteurs depuis plusieurs années. En 2025, le revenu agricole landais atteint le niveau le plus bas enregistré depuis dix ans. Il est inférieur de 43 % à la moyenne décennale. Le nombre d’agriculteurs en difficulté est en hausse constante.

Cette crise appelle des réponses rapides et fortes pour gérer les situations d’urgences sans toutefois oublier les réflexions et actions à mener pour répondre à la crise structurelle à laquelle la ferme française est confrontée.

Ainsi, la situation économique de nombreuses exploitations engendre des problématiques d’accès aux financements, y compris aux ouvertures de crédits court terme pour s’engager dans la campagne 2026. Une action vigoureuse est nécessaire pour que les banques assurent le financement de la prochaine campagne et les éventuelles restructurations des dettes à longs et moyens termes. Pour cela, une mobilisation du F.A.C. (Fonds d’Allègement des Charges) est nécessaire très rapidement.

Concernant la Dermatose Nodulaire Contagieuse, pour les élevages vaccinés, il est important de confirmer que les éventuels effets secondaires liés au vaccin sont bien couverts par un dispositif de soutien associé, et d’envisager l’extension de la zone de vaccination pour protéger les autres grands bassins d’élevage.

La succession des épizooties, les évolutions réglementaires et le changement climatique viennent impacter une profession déjà fragilisée par l’effondrement des prix. Cette situation se traduit par une faible, voire une absence de rémunération sur de très nombreuses exploitations.

Dans ce contexte, la question de l’eau prend une importance particulière. Dans votre courrier aux agriculteurs, vous indiquez vouloir faire preuve de bon sens. Nous vous invitons à le mettre en pratique pour la gestion de l’Autorisation Unique de Prélèvement du Bassin de l’Adour, où les aménagements hydrauliques ont été portés par les Départements concernés avec plus de 200 M€ consacrés depuis les années 80 et où l’engagement dans la construction d’une gestion concertée est toujours assumé par les Départements au travers du financement du programme de « l’Etablissement Public de Territoire de Bassin a3 » (ex Institution Adour).

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Nous réitérons donc notre demande de moratoire sur les volumes prélevables jusqu’en 2028 avec un volume transitoire autorisé de 198 Mm³. En effet, si l’accompagnement des agriculteurs dans les nouveaux investissements hydrauliques est important, la question des volumes prélevables et des formes de partages de l’eau entre tous les usages doit être traitée avant la prochaine campagne pour apporter la visibilité nécessaire aux agriculteurs. Si nous voulons demeurer une grande nation agricole, en matière d’eau, l’agriculture ne peut continuer à être une simple variable d’ajustement dans un contexte à la fois de raréfaction à long terme et de forte variabilité interannuelle.

Alors que des Projets de Territoires pour la Gestion de l’Eau ont été validés, que la ressource est partagée entre agriculture et maintien des débits d’objectifs d’étiage, avec des seuils en dessous desquels tout prélèvement est interdit, que faut-il faire de plus ?

La situation extrêmement dégradée que nous connaissons d’ores et déjà, alors que la Politique Agricole Commune n’est pas encore réformée et que l’accord UE-MERCOSUR n’est pas entré en vigueur, témoigne de la nécessité de revoir le projet agricole français et européen pour tracer des perspectives adaptées à la période qui s’ouvre.

S’agissant du Mercosur qui a soulevé une opposition unanime en France, le conseil départemental des Landes a adopté à l’unanimité une motion pour s’opposer à sa signature. Les parlementaires socialistes landais ont également voté contre et au Parlement européen, le groupe socialiste participe à l’élaboration de la saisine de la Cour de Justice de l’Union Européenne.

En effet, ce texte, négocié sur des bases désuètes, est une illustration concrète d’un modèle commercial d’un autre temps, élaboré à l’aube de la mondialisation dans les années 90 quand nous sommes à son crépuscule, qui fait fi du respect des normes sanitaires, environnementales et sociales exigées aux agriculteurs français, et générant une concurrence déloyale avec les productions européennes.

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Ainsi, nous demandons, dans cette période de négociation de la prochaine programmation de la PAC, que la France s’engage à porter une réforme de fonds de cette politique et à négocier des moyens conséquents dédiés. Vous indiquez que vous veillerez à maintenir le budget de cette future PAC au niveau de l’actuelle. Or, ce n’est pas d’un maintien de budget dont l’agriculture française et européenne a besoin. Mais c’est d’une nouvelle PAC qui tourne la page de la PAC de 1992, reposant sur l’alignement avec les prix mondiaux situés sous les coûts de revient européens avec en contrepartie une compensation par des primes, modèle qui est aujourd’hui totalement obsolète. Il est temps de prendre acte que la mondialisation libérale est terminée et d’en tirer les conséquences, en France et en Europe, en s’engageant dans une refondation de la PAC et non dans un nouveau bricolage tel que cela s’est fait sur les dernières programmations.

Cette nouvelle PAC devra permettre à l’Union Européenne d’assurer sa souveraineté alimentaire. Cette souveraineté n’est pas négociable et, si le commerce international ne doit pas être banni (nous sommes un pays exportateur), son accroissement ne peut plus constituer en lui-même un objectif. Nous devons assumer d’assurer une préférence communautaire et d’organiser le commerce international au travers d’accords équilibrés avec notamment les clauses miroirs.

Dans ce cadre, la gestion des prix et marchés, absente depuis 1992, est centrale pour sécuriser les revenus agricoles et pour financer la transition des exploitations, le modèle de la PAC actuelle ne pouvant pas prendre en charge de nouveaux objectifs avec des outils dépassés au regard du contexte européen et international.

La nouvelle PAC doit en effet impérativement apporter de la visibilité et une sécurisation aux exploitants agricoles pour qu’ils puissent pleinement s’engager dans les évolutions nécessaires de leurs exploitations, primordiales pour répondre aux défis actuels tels que l’adaptation au changement climatique et l’implication dans la transition agroécologique ainsi que le renouvellement des générations. Pour sécuriser les exploitants, nous proposons, en complément de la gestion des prix et des marchés, la mise en place d’une véritable assurance revenu et l’instauration de Mesures AgriEnvironnementales et Climatiques « systèmes » territorialisées et respectant la diversité des formes d’agriculture (HVE, AB, Agriculture paysanne…).

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Ceci permettrait de grandement simplifier la gestion de la PAC en renvoyant le contrôle du respect de ces cahiers des charges aux organisations de producteurs, ce qu’elles font déjà parfaitement et depuis longtemps pour les SIQO. L’Etat doit se concentrer sur l’efficacité du système de contrôle, pas sur son administration dans les moindres détails. « Le dossier PAC » dans sa forme actuelle, engendrant une suradministration invraisemblable, doit être abandonné.

La gestion des prix et des marchés doit être complétée, sous la supervision de la puissance publique et des consommateurs, par des ententes verticales et horizontales sur les prix et les volumes, condition sine qua non à une meilleure répartition de la valeur ajoutée dans la chaîne alimentaire.

Pour terminer, sur le plan national, trois mesures nous semblent incontournables :

– Une refonte du Fonds des Calamités Agricoles pour que ce système, dépassé, laisse la place à un système réactif n’engendrant plus des mois d’attente pour que les exploitants perçoivent les indemnités ;

– Un renforcement de l’accès aux marchés pour les productions durables ou sous signes de qualité, avec une extension des exigences de la loi Egalim à 75% dans la restauration hors foyer et une extension progressive par paliers à la grande distribution (qui représente 80% de la consommation alimentaire) ;

– Une nouvelle organisation des outils de mobilisation et de gestion du foncier, thématique totalement oubliée dans la dernière loi d’orientation agricole, pour maintenir une accessibilité pour toutes et tous et ainsi garantir le renouvellement des générations.

Nous tenons à vous affirmer que nous sommes prêts à travailler pour construire cette nouvelle politique.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération. »

Boris VALLAUD – Député des Landes

Monique LUBIN – Sénatrice des Landes

Eric KERROUCHE – Sénateur des Landes

Eric SARGIACOMO – Député européen

Xavier FORTINON – President du Conseil départemental des Landes

Renaud LAGRAVE – Vice-président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine