
C’était il y a dix ans…
En cette journée particulière, nous voulions avoir une pensée pour toutes les victimes des attentats du 13 novembre 2015. Et nous pensons bien entendu à Bertrand Navarret. Natif de Laloubère, dans les Hautes-Pyrénées, Bertrand vivait à Capbreton, où il aimait à surfer la vague. Il y a dix ans, il venait d’y acheter une maison qu’il rénovait et dans laquelle il comptait s’installer en fin d’année. Il venait de fêter ses 38 ans. Passé par la fac de droit de Pau et l’école de notariat de Toulouse, il avait séjourné au Canada et s’était tourné vers le métier de charpentier, qu’il exerçait depuis deux ans dans les Landes.
Tout le monde connaît la triste histoire : il s’est rendu au Bataclan avec Alan, son ami menuisier, pour le concert des Eagles of death metal. Alan en ressortira vivant, mais pas Bertrand, qui fera partie des 130 victimes de la tuerie. Dix années se sont écoulées, et même si certains ont la mémoire courte, nous n’avons quant à nous rien oublié.
Chaque année, ce 13 novembre nous démontre que rien n’a été fait pour traiter les causes profondes de ces attentats (et des nombreux autres qui ont suivi). Tout au contraire, et en dépit de la chute de l’État islamique, nous pouvons mesurer à quel point le mal intégriste s’est enraciné sur notre sol, avec des faits divers moins spectaculaires mais devenus quotidiens, un fanatisme de plus en plus décomplexé et des élites qui n’ont toujours pas pris la mesure du problème. L’inadmissible et l’inacceptable, que l’on nous sert à tout bout de champ dans des tweets (et désormais plutôt pour des petites phrases que pour du sang qui coule), sont désormais admis et acceptés dans les faits. Les grands remèdes aux grands maux attendront. On ne règle plus les problèmes qu’en se payant de mots.
Chaque année, l’actualité vient ironiquement nous rappeler que rien n’a changé, entre l’incessante succession d’attaques au couteau dans le pays, les projets d’attentats déjoués et quelque « cocasserie » marquante émergeant du lot commun des faits divers, comme dernièrement les petites manœuvres de Salah Abdeslam depuis sa cellule de prison.
Cette année, nous aurons également eu droit à l’affligeante comparaison de M. Cyril Dion entre les victimes de la pollution et celles du terrorisme. Voilà le genre de propos d’une rare intelligence que l’on peut aujourd’hui tenir sans honte sur les plateaux de chaînes financées par nos deniers. De quoi donner aux sceptiques l’envie d’expirer deux fois plus de CO2 dans l’air délétère d’un pays qui a perdu la tête… et les épaules, rongé par le cancer généralisé du relativisme.
