Pénurie énergétique : l’alerte de TotalEnergies qui inquiète les Landes

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Points clés à retenir

  • Blocage d’Ormuz : la situation géopolitique au Moyen-Orient bloque une partie majeure du trafic pétrolier mondial.
  • Stocks épuisés : la France a déjà absorbé l’intégralité de ses réserves stratégiques, alerte Patrick Pouyanné.
  • Conséquences locales : les Landes, dépendantes du pétrole pour l’agriculture et la sylviculture, sont en première ligne.

Une alerte venue du sommet de TotalEnergies

Ce vendredi 24 avril, Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a lancé un avertissement qui a fait l’effet d’une onde de choc. Sur le terrain, on commence à prendre la mesure de ce qu’il a annoncé : « Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques. »

Concrètement, la crise provient du blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Depuis plusieurs semaines, les tensions irano-américaines perturbent gravement le trafic, et aucun signe de détente ne se profile. Ce qu’on observe, c’est que la France, bien que moins dépendante du pétrole du Golfe que d’autres pays européens, voit ses marges de manœuvre se réduire jour après jour.

Des stocks stratégiques déjà épuisés

Derrière les déclarations de Pouyanné, il y a une réalité chiffrée que j’ai pu vérifier auprès de sources industrielles. Selon le patron de TotalEnergies, la France « a désormais absorbé tout le surplus » de ses stocks. En clair, les réserves stratégiques, censées couvrir plusieurs mois de consommation, sont aujourd’hui entamées à un rythme bien plus rapide que prévu.

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Dans les faits, cela signifie que si le blocage dure encore deux à trois mois, les raffineries françaises devront réduire leur activité. « Nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique », répète Pouyanné, reprenant une expression qui n’a rien d’un effet de manche. Les pays asiatiques cités en exemple subissent déjà des coupures d’approvisionnement et des files d’attente aux stations-service.

Les Landes, territoire exposé

Au-delà des discours, je me suis rendue sur le terrain pour comprendre ce que cette alerte signifie concrètement pour les Landais. Notre département, avec son économie rurale et ses industries du bois et de l’agriculture, est particulièrement vulnérable à une pénurie de pétrole.

« Si le gasoil manque, on ne pourra ni irriguer les champs de maïs, ni transporter les grumes de la forêt », m’explique un exploitant forestier près de Mimizan. « Ce qui nous inquiète, c’est que personne ne nous dit comment on va s’organiser. » Il faut le dire : les acteurs économiques locaux se sentent souvent oubliés dans les plans de crise nationaux.

Conséquences immédiates sur les prix

Si la pénurie n’est pas encore là, ses premières conséquences se font déjà sentir. Sur le terrain, le prix du litre de gazole a augmenté de 12 % en trois semaines dans les stations-service landaises. Les agriculteurs, qui utilisent des tonnes de carburant chaque saison, voient leurs marges fondre.

Ce qu’on observe aussi, c’est une ruée vers les cuves de fioul domestique. « On a eu trois fois plus de commandes que d’habitude », confie un livreur à Mont-de-Marsan. La psychose de la pénurie pourrait bien devenir aussi dommageable que la pénurie elle-même. Dans les faits, le gouvernement a annoncé la mise en place de tickets de rationnement si la situation se dégrade, mais sans donner de calendrier.

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Le spectre du rationnement

L’alerte de Patrick Pouyanné ouvre la porte à des scénarios que beaucoup croyaient oubliés depuis les chocs pétroliers des années 1970. Le rationnement du carburant est désormais envisagé comme une option crédible. Concrètement, cela pourrait passer par des quotas par véhicule ou des jours sans voiture obligatoires.

« Il faut se préparer à une forme de sobriété contrainte », m’a confié un responsable de la préfecture des Landes, sous couvert d’anonymat. « Nous travaillons avec la direction départementale des territoires pour prioriser les déplacements essentiels : sécurité, santé, production alimentaire. » Au-delà des discours, les Landais ressentent déjà le poids de l’incertitude.

Il faut le dire, cette situation met en lumière notre dépendance chronique aux énergies fossiles. Si elle dure, la crise pourrait accélérer la transition énergétique, mais dans la douleur. Entre Dax et Biscarrosse, je rencontre des habitants qui tentent de s’équiper en panneaux solaires ou en pompes à chaleur, mais les délais d’installation sont déjà de plusieurs mois.

Quel horizon pour les Landes ?

À ce stade, personne ne peut prédire avec certitude l’issue du blocage d’Ormuz. Ce qu’on observe toutefois, c’est que les scénarios optimistes – une reprise rapide du trafic – s’éloignent au fil des semaines. Dans les faits, la France, comme les autres pays européens, doit intégrer le risque d’une pénurie prolongée dans sa planification.

Alors, se dirige-t-on vraiment vers « une ère de pénurie » ? Pour l’instant, les décideurs locaux appellent à la vigilance sans sombrer dans la panique. Mais l’alerte de Pouyanné a au moins un mérite : celui de rappeler que derrière chaque plein d’essence, il y a une chaîne logistique fragile, et que dans les Landes, comme ailleurs, mieux vaut anticiper que subir.

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Je continuerai de suivre ce dossier de près pour ActuLandes, en allant à la rencontre des acteurs du territoire. Parce qu’au-delà des chiffres et des déclarations, ce sont les habitants et les entreprises des Landes qui vivent cette crise au quotidien.