Nématode du pin : première détection en France à Seignosse

Ce mardi 4 novembre, le ministère de l’Agriculture a confirmé la détection du premier foyer de nématode du pin sur le territoire français, à Seignosse. Ce parasite microscopique, classé organisme de quarantaine prioritaire par l’UE, peut tuer un pin en moins d’un mois. Des mesures d’urgence ont été immédiatement décrétées.

C’est par un communiqué conjoint de la préfecture de Nouvelle-Aquitaine et du ministère de l’Agriculture que l’information a été rendue publique ce mardi. Une quinzaine d’arbres situés sur un domaine privé de Seignosse présentent les symptômes caractéristiques de l’attaque du nématode du pin : rougissement des aiguilles, dépérissement rapide, mort de l’arbre en quelques semaines.

La confirmation a été établie par le laboratoire national de référence de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) dans le cadre de la surveillance officielle pilotée par la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. Cette détection intervient alors que la région avait renforcé sa vigilance suite aux cas observés au Portugal depuis 1999 et en Espagne depuis 2008.

56 communes placées sous arrêté préfectoral d’urgence

Le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus) est un ver microscopique, invisible à l’œil nu, originaire d’Amérique du Nord. Il bloque la circulation de la sève dans les arbres et peut tuer un pin maritime en moins de 30 jours. Sa capacité de propagation est jugée très élevée, notamment via des insectes vecteurs comme les longicornes.

Élément rassurant pour la population : ce parasite ne présente aucun risque pour la santé humaine ou animale. En revanche, il constitue une menace existentielle pour les peuplements de résineux.

Le nématode du pin, un ver d’un millimètre de long (crédit : Beat Frey – WSL).

Dès l’annonce de la détection, le préfet de région Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot, a pris un arrêté d’urgence établissant une zone réglementée stricte. Cette zone comprend deux périmètres distincts. La zone tampon s’étend d’Anglet à Moliets-et-Maa du sud au nord, et jusqu’au Grand Dax à l’est. Elle englobe des communes touristiques majeures comme Capbreton, Hossegor, Vieux-Boucau, Messanges et Soustons.

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L’arrêté préfectoral impose des mesures immédiates et sans exception dans toute la zone réglementée. Sont désormais interdits jusqu’à nouvel ordre :

  • La circulation de tout véhicule transportant des végétaux sensibles (résineux vivants, bois, écorces)
  • L’ensemble des travaux forestiers : coupes, tailles, élagage, débardage, dessouchage
  • Les chantiers de construction utilisant du bois de résineux (pins, sapins, douglas, cèdres, mélèzes, épicéas, tsuga)
  • Le transport et la vente de sapins de Noël dans le périmètre concerné.

Sapins de Noël et filière bois à l’arrêt

Ces interdictions s’appliquent sans distinction aux professionnels comme aux particuliers, y compris pour les travaux dans les jardins privés. Bruno Lafon, président d’honneur du Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest, précise qu’un deuxième arrêté pourrait être pris dans les prochains jours en fonction des résultats des analyses approfondies menées par les experts forestiers.

« Si la contamination est minime, il n’y aura pas d’abattage systématique. Si elle est plus importante, il faudra couper tous les arbres résineux sur un rayon de 500 mètres autour du foyer. »
— Bruno Lafon, Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest

À quelques semaines des fêtes de fin d’année, les conséquences de cet arrêté se font déjà sentir sur le terrain. Les sapins de Noël sont totalement bloqués dans les 56 communes concernées. Les magasins ne peuvent plus être livrés, et les particuliers qui auraient acheté leur sapin ne peuvent pas le transporter à leur domicile.

Lors d’une réunion organisée en urgence à la préfecture avec les maires des communes concernées, la question d’une dérogation pour les sapins de Noël a été posée aux services de l’État. La réponse a été claire : « La question est à l’étude », mais pour l’instant, aucune exception n’est prévue.

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Prospection et analyses en cours

Au-delà des sapins, c’est toute la filière forêt-bois qui se retrouve paralysée. Les entreprises de travaux forestiers, les scieries, les charpentiers, les menuisiers et les constructeurs utilisant du pin maritime ou du douglas sont directement impactés. Les chantiers en cours sont suspendus jusqu’à la publication d’un nouvel arrêté qui pourrait amender les mesures actuelles.

Un dossier sensible concerne les travaux d’interconnexion électrique menés par RTE dans le secteur. Des associations environnementales ont immédiatement demandé l’arrêt total des opérations, pointant les risques de dissémination du parasite via les engins de chantier et le transport de bois.

Depuis le 4 novembre, des équipes de la DRAAF et de l’Office national des forêts mènent des opérations de prospection intensive dans la zone infestée. Objectif : évaluer l’ampleur réelle de la contamination et déterminer si le foyer peut être éradiqué ou s’il nécessitera des mesures plus lourdes.

Les quinze arbres touchés font l’objet d’analyses approfondies. Selon les résultats, plusieurs scénarios sont envisageables :

  1. Contamination limitée : abattage ciblé des arbres infectés et surveillance renforcée
  2. Contamination significative : abattage systématique de tous les résineux dans un rayon de 500 mètres
  3. Contamination étendue : extension du périmètre d’éradication et mesures encore plus drastiques

Un enjeu majeur pour la forêt landaise

La préfecture appelle l’ensemble des propriétaires forestiers, publics comme privés, à la plus grande vigilance. Tout arbre résineux dépérissant ou mort récemment dans la zone délimitée, en priorité les pins maritimes, doit être signalé à la DRAAF à l’adresse sral.draaf-nouvelle-aquitaine@agriculture.gouv.fr avec l’objet « SUSPICION NÉMATODE DU PIN ».

La détection de ce premier foyer en France est sensible. On rappelle que la forêt des Landes représente le plus grand massif forestier d’Europe occidentale, avec près d’un million d’hectares de pins maritimes. Cette forêt est le poumon économique d’un territoire entier, employant directement et indirectement des milliers de personnes.

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Lors de la réunion du 4 novembre, le préfet Étienne Guyot a tenu à rassurer les acteurs de la filière : « La situation était déjà connue au Portugal et en Espagne, et elle était surveillée en Nouvelle-Aquitaine. Cette surveillance a permis une détection rapide et une réaction immédiate. »

L’ensemble des représentants de la filière forêt-bois et les élus concernés ont été associés à la gestion de crise dès le premier jour. Un comité de suivi a été mis en place pour adapter les mesures en fonction de l’évolution de la situation.

Les prochains jours seront décisifs. Si le foyer reste circonscrit et que les analyses confirment une contamination limitée, la Nouvelle-Aquitaine pourrait échapper au scénario catastrophe vécu par le Portugal, où des milliers d’hectares de pinèdes ont été décimés. Dans le cas contraire, c’est l’avenir même de la forêt landaise qui pourrait être en jeu.