Cures thermales : les Landes contre le déremboursement

Face à la menace d’un déremboursement des cures thermales dans le budget 2026, le Conseil départemental des Landes a voté ce vendredi une motion unanime d’opposition. Un acte politique pour défendre un secteur qui fait vivre 8 000 personnes et accueille 58 000 curistes chaque année.

C’est lors du vote de la deuxième décision modificative du Budget 2025 que les conseillers départementaux ont adopté à l’unanimité cette motion. Le texte affirme clairement l’opposition des élus landais au projet de déremboursement des cures thermales évoqué dans le cadre de la préparation budgétaire nationale pour 2026.

Cette prise de position intervient alors que le gouvernement cherche des économies dans les dépenses de santé. Mais pour les Landes, premier département thermal de France, l’enjeu dépasse largement le cadre budgétaire.

Les Landes, géant français du thermalisme

Avec plus de 58 000 curistes accueillis en 2024, le département représente près de 13 % de la fréquentation thermale nationale. Cinq stations structurent ce territoire thermal : Dax, Saint-Paul-lès-Dax, Eugénie-les-Bains, Préchacq-les-Bains et Saubusse. La filière pèserait 8 000 emplois directs et indirects et génèrerait 119 millions d’euros de chiffre d’affaires (2024).

Mais cette filière ne se résume pas à des chiffres. Elle constitue un véritable écosystème territorial qui fait vivre des communes entières, notamment dans le bassin dacquois où le thermalisme structure l’activité économique depuis plus d’un siècle.

La motion rappelle que le thermalisme n’est pas une médecine douce de confort, mais une thérapeutique reconnue pour des pathologies chroniques invalidantes : arthrose, rhumatismes, troubles anxieux, insuffisance veineuse.

Plus de 40 études scientifiques valident l’efficacité des cures thermales. Ces travaux ont été menés par l’Association Française pour la Recherche Thermale (AFRETh), l’Institut du Thermalisme de Dax rattaché à l’Université de Bordeaux, ainsi que par plusieurs équipes hospitalières. Ces recherches démontrent notamment une réduction de la consommation médicamenteuse chez les curistes et une amélioration durable de la qualité de vie.

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Un reste à charge insupportable pour les patients

Le cœur de l’alerte lancée par les élus landais concerne l’accès aux soins. Une baisse du remboursement se traduirait par un reste à charge de 500 à 800 euros par cure, selon les estimations avancées dans la motion.

Pour les patients concernés – souvent des personnes âgées, atteintes de polypathologies et disposant de faibles revenus –, ce surcoût rendrait la cure inaccessible. Les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire seraient les premiers pénalisés, alors même qu’ils constituent une part importante de la patientèle thermale.

« Cette orientation reviendrait à opposer la rigueur budgétaire à la santé et à l’égalité d’accès aux soins », dénonce le texte de la motion.

Le Conseil départemental rappelle son soutien historique à la filière thermale. Dès 2024, l’assemblée avait appuyé l’amendement porté par le député Boris Vallaud au projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2025.

Ce texte, adopté en commission, imposait une garantie essentielle : aucune modification du taux de remboursement ne pourrait intervenir sans concertation préalable entre l’Assurance maladie, la Haute Autorité de Santé, l’AFRETh et les établissements thermaux. Un dispositif destiné à protéger la stabilité du secteur.

Quatre exigences adressées au gouvernement

Dans sa motion, le Conseil départemental formule quatre demandes précises au gouvernement :

  • L’expression d’une vive inquiétude face au projet de déremboursement évoqué dans le budget 2026
  • La réaffirmation de la reconnaissance médicale et sociale du thermalisme, pilier de la prévention et de la santé publique
  • L’abandon de toute mesure de déremboursement et l’engagement d’un travail concerté avec la profession, les collectivités et les parlementaires
  • Une alerte citoyenne sur le risque de voir disparaître un pan du patrimoine médical et territorial français
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La motion sera transmise au premier ministre, à la ministre de la Santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, ainsi qu’aux parlementaires landais. Une mobilisation qui témoigne de la volonté des élus locaux de peser sur les arbitrages budgétaires nationaux, à l’heure où la filière thermale française tout entière retient son souffle.

Le débat sur le remboursement des cures thermales dépasse désormais le cadre technique pour devenir un enjeu politique majeur dans les territoires thermaux français, dont les Landes constituent l’un des bastions les plus emblématiques.