
I Clean My Sea devient une association
La jeune entreprise innovante de Tarnos a annoncé sa transformation en association à but non lucratif. Un changement de statut pour mieux lutter contre la pollution plastique marine en mobilisant davantage de bénévoles et mécènes.
Implantée à Tarnos, I Clean My Sea a vu le jour en 2019 sous la forme d’une société par actions simplifiée. Spécialisée dans la détection, la collecte et la valorisation des déchets plastiques dans l’environnement marin, cette jeune structure s’est rapidement fait connaître pour son approche innovante combinant technologie et participation citoyenne.
Son fondateur, Aymeric Jouon, a développé un modèle unique en Europe. Le service proposé repose sur trois piliers : une application mobile gratuite permettant aux usagers de la mer de signaler les zones de pollution, des bateaux optimisés pour la collecte en mer, et une stratégie de valorisation des déchets récupérés. L’entreprise a même été reconnue au niveau international puisqu’elle a obtenu en août 2023 le label de la Fondation Solar Impulse.
Un contexte alarmant
La décision de transformer I Clean My Sea en association intervient dans un contexte où la pollution plastique en mer atteint des niveaux préoccupants. Selon les données de l’Ifremer et du ministère de la Transition écologique, entre 8 et 10 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans les océans du monde. En France métropolitaine, la situation est particulièrement critique en Méditerranée où la densité moyenne de macro-déchets sur les fonds marins atteint 510 unités par kilomètre carré.
Quelques chiffres clés sur la pollution plastique marine :
- 80 % des déchets marins proviennent des activités terrestres
- 78 % des déchets en mer sont constitués de plastique
- 600 000 tonnes de plastique sont rejetées chaque année en Méditerranée
- 693 espèces marines sont directement menacées par cette pollution
Sur le littoral landais, le Syndicat mixte du littoral landais (SMLL) mène depuis des années des opérations de nettoyage des plages. Tarnos fait partie des communes membres de ce syndicat, qui organise la collecte et le traitement des déchets échoués, tout en veillant à préserver la biodiversité.
Les limites du statut d’entreprise privée
Après cinq années d’expérimentation et de démonstration de sa faisabilité, I Clean My Sea se heurte aux limites structurelles du statut d’entreprise privée. Le modèle de société commerciale, même dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, rend difficile la mobilisation de bénévoles sur le long terme et limite l’accès à certaines sources de financement, notamment les subventions publiques et le mécénat associatif.
La transformation en association à but non lucratif, officialisée en février 2024 auprès de la préfecture de Dax, vise à lever ces obstacles et à renforcer l’ancrage citoyen du projet. Cette nouvelle structure permettra également de mieux s’intégrer dans les réseaux associatifs environnementaux et de participer plus activement aux programmes européens de protection des océans.
Trois axes stratégiques pour l’association
La nouvelle association I Clean My Sea se fixe trois objectifs principaux pour amplifier son impact :
- Diffuser les outils technologiques existants : L’association souhaite rendre ses applications de détection et ses méthodes de collecte accessibles à d’autres acteurs de la dépollution maritime, qu’il s’agisse d’associations locales, d’entreprises spécialisées ou de collectivités territoriales. Cette mutualisation des outils permettrait d’optimiser les moyens et d’accroître l’efficacité des interventions sur l’ensemble du littoral français.
- Développer les technologies de demain : L’association annonce la poursuite de ses efforts de recherche et développement pour concevoir de nouvelles solutions permettant de collecter davantage de plastiques tout en réduisant l’empreinte carbone des opérations de dépollution. Selon les données du label Solar Impulse, les bateaux actuels d’I Clean My Sea consomment déjà 80 % de carburant en moins que les navires de pêche traditionnels et émettent plus de 90 % de CO2 en moins qu’un chalutier côtier.
- Mobiliser les financements nécessaires : Pour mener à bien ces missions, I Clean My Sea Association lance un appel aux adhésions citoyennes. Avec une cotisation accessible dès 1 euro, l’association entend démontrer un soutien populaire large qui renforcera sa légitimité auprès des financeurs publics et privés. Cette stratégie fait écho aux pratiques du secteur associatif environnemental où le nombre d’adhérents constitue souvent un critère important dans l’attribution de subventions.
Une reconnaissance internationale déjà acquise
Avant même sa transformation en association, I Clean My Sea avait déjà acquis une solide reconnaissance dans le domaine de l’innovation environnementale. L’entreprise participe notamment au programme européen Interreg Bluepoint, qui réunit des partenaires français, irlandais, espagnols et portugais autour de la lutte contre la pollution plastique marine. Elle travaille également sur le projet Plast4H2, qui vise à promouvoir la transition vers une économie circulaire du plastique.
Les performances techniques revendiquées par I Clean My Sea sont intéressantes : ses bateaux seraient jusqu’à 450 % plus efficaces pour l’extraction du plastique que d’autres embarcations de taille similaire opérant dans la même zone géographique. Cette efficacité repose sur une combinaison de technologies de détection par satellite et drone, d’algorithmes de prédiction des dérives en fonction des courants marins, et de dispositifs de collecte optimisés.
Un engagement citoyen à construire ensemble
La transformation d’I Clean My Sea en association marque un tournant dans la gouvernance du projet. L’association entend désormais s’appuyer sur une communauté de citoyens engagés, qu’ils soient simples adhérents, bénévoles actifs ou mécènes. Cette démarche participative correspond à l’ADN initial du projet, qui reposait déjà sur la contribution des usagers de la mer via son application mobile de signalement des zones polluées.
Pour les Landais soucieux de l’environnement marin, cette initiative offre une opportunité concrète de s’engager dans la préservation du littoral. Le golfe de Gascogne, qui borde le département des Landes, fait partie des zones marines françaises affectées par la pollution plastique, avec une densité moyenne de 282 macro-déchets par kilomètre carré sur les fonds marins, selon les données de l’Ifremer.
L’association poursuit également ses missions d’éducation, de formation et de sensibilisation du grand public. Ces actions pédagogiques visent à faire évoluer les comportements et à réduire à la source la production de déchets plastiques susceptibles de finir en mer.
À l’heure où la France s’est fixée pour objectif ambitieux d’atteindre « zéro plastique rejeté en mer d’ici 2025 » dans son Plan d’action national, et où la Méditerranée vise le même objectif pour 2030, des initiatives comme I Clean My Sea constituent des maillons essentiels de la chaîne d’action collective nécessaire pour relever ce défi environnemental majeur.
Pour adhérer à l’association : https://icleanmysea.com/fr_fr/formulaire-adhesion/