
Arsague : une école « murée » contre la fermeture d’une classe
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Ce qu’il faut retenir
- Mobilisation : Une action symbolique forte a bloqué l’accès à l’école d’Arsague pour protester contre la fermeture d’une classe.
- Enjeux concrets : La suppression entraînerait deux classes à double niveau avec 27 élèves chacune, contre une moyenne actuelle de 18,5.
- Inquiétudes territoriales : Les élus craignent un effet domino sur l’attractivité du dernier service public de proximité qui fonctionne.
Un mur de parpaings pour crier l’inquiétude
Sur le terrain, à Arsague, ce mardi matin, le symbole était aussi lourd que les parpaings non scellés qui ont barré l’entrée de l’école. Une opération « école morte », menée par les parents d’élèves, visait à rendre visible ce qu’ils dénoncent depuis des semaines : un blocage, une absence d’écoute face à la suppression annoncée d’une classe au sein du Regroupement pédagogique intercommunal (RPI) de l’ABCM. Concrètement, l’accès aux enseignants était aussi neutralisé. Il faut le dire, cette image d’une école murée, dans le sud des Landes, parle plus fort que bien des communiqués.
Huit manifestations et toujours pas de réponse claire
J’ai écouté Coralie Licart, mère de deux enfants dans le RPI et représentante des parents. Elle m’a confié l’épuisement d’une mobilisation qui dure depuis février. « Huit manifestations, un gros rassemblement, sans effet à ce jour », résume-t-elle. Les élèves, ce jour-là, étaient accueillis au foyer municipal. Ce qu’on observe, c’est une colère qui se mue en action radicale par défaut. Une rencontre avec l’Inspection académique a bien eu lieu, mais les annonces promises pour la fin de semaine restent, à ce stade, du vent. Dans les faits, les familles naviguent à vue.
La logique comptable face à la réalité des doubles niveaux
Au-delà des discours, je me suis penchée sur les chiffres, avec une enseignante du RPI. La suppression d’un poste signifierait, concrètement, la création de deux classes à double niveau (Grande Section-CP et CM1-CM2) avec 27 élèves chacune. On passerait d’une moyenne de 18,5 enfants par classe à ces effectifs chargés. « Nous nous battons contre la logique comptable », m’a-t-elle expliqué. Sur le terrain, cela se traduit par moins d’attention pour chaque élève, une complexité pédagogique accrue, dans un RPI dont les résultats à l’entrée au collège sont pourtant « plus que favorables ». La balance penche du côté des statistiques départementales, mais ce sont bien des enfants landais qui en subiront les conséquences.
Un service public de proximité en sursis
J’ai aussi rencontré Jean-Yves Haurat, le maire d’Arsague, présent ce matin-là comme ses collègues des autres communes du RPI. Il ne nie pas la baisse des effectifs, passés de 110 à 94 élèves en quelques années. Mais son inquiétude, partagée par beaucoup ici, va plus loin. « Ça tient à deux ou trois familles », souligne-t-il, évoquant de nouveaux arrivants récents. Son vrai combat ? Éviter un cercle vicieux : si les conditions d’enseignement se dégradent, des parents pourraient se détourner du RPI, accélérant sa fragilisation. « Il s’agit du dernier service public de proximité qui marche correctement », insiste-t-il, conscient que l’école est souvent le ciment de ces villages. Au-delà d’une classe, c’est un modèle d’école rurale qui est en jeu.
L’attente angoissée d’un arbitrage
Du côté de l’Inspection académique, on confirme que les instances doivent se réunir, avec les syndicats puis avec le Département. L’arbitrage final est imminent. Mais sur le terrain, à Arsague, Bonnegarde, Castel-Sarrazin et Marpaps, l’attente est teintée d’amertume. Cette mobilisation, au-delà de défendre des postes, interroge notre manière de compter et de valoriser l’école dans nos territoires. Elle pose une question simple : quelle priorité accorde-t-on concrètement à la qualité de l’enseignement sous nos pins, quand les effectifs flirtent avec les seuils ? La réponse, attendue ces prochains jours, dessinera l’avenir de ce RPI et, sans doute, enverra un signal à bien d’autres écoles landaises dans une situation similaire.