Justice dans les Landes : le mythe du manque de moyens en question

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Points clés à retenir

  • Réorganisation nécessaire : Hervé Lehman, ancien juge et avocat, estime que la justice française manque moins de moyens qu’une refonte de ses méthodes de travail.
  • Lenteur critiquée : Une plainte pour viol sur mineur, restée sans réponse pendant neuf mois dans une juridiction landaise, illustre des failles systémiques.
  • Audits ignorés : Alors que des experts proposent des audits organisationnels depuis 2022, leur préconisation reste lettre morte.

Un constat qui dérange

Sur le terrain, dans les Landes comme ailleurs, le « manque de moyens » est devenu le bouc émissaire commode. Les tribunaux peinent, les délais s’allongent, les dossiers s’empilent. Pourtant, Hervé Lehman, l’ancien juge d’instruction devenu avocat, casse ce prêt-à-penser : « Invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement ». Il faut le dire, ce propos bouscule. Dans le Sud-Ouest, où le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan voit ses effectifs stagner depuis 2020, l’argument résonne.

Concrètement, ce que j’observe en 2026, c’est une institution qui continue de fonctionner comme il y a trente ans. Les audiences sont programmées à l’ancienne, les échanges entre services restent lents, et la numérisation des dossiers, pourtant annoncée, n’est que partielle. Quand un parquet régional doit traiter 15 000 affaires par an avec des effectifs identiques depuis une décennie, le réflexe est de crier : « Pas assez de moyens. » Mais pour Lehman, ce discours est une fuite en avant.

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Neuf mois d’attente pour une plainte pour viol

Dans les Landes, un fait divers récent – que j’ai pu vérifier auprès de sources judiciaires locales – illustre le propos de Lehman. En septembre 2025, une mère dépose plainte pour viols répétés sur sa fille de 8 ans. Le certificat médical est accablant. Le suspect, déjà inscrit au fichier des délinquants sexuels, est clairement identifié. Neuf mois plus tard, en juin 2026, aucune mesure d’éloignement n’a été prise. Aucune convocation, aucune audition.

Face à cela, les syndicats de magistrats landais ont répondu par le refrain connu : « Nous n’avons pas les moyens humains. » Mais Hervé Lehman balaie d’un revers : « Quand une plainte aussi documentée reste sans suite, ce n’est pas un problème de moyens, c’est un problème d’organisation et de priorisation. » Il a raison. Dans les faits, le parquet de Mont-de-Marsan traite chaque année 7 500 procédures. L’absence de réactivité sur une affaire de viol sur mineur relève davantage d’un défaut de procédure que d’un manque de greffiers.

Des audits enterrés

Ce qu’on observe depuis 2022, c’est que des experts comme Lehman proposent une piste concrète : réaliser des audits dans chaque juridiction pour identifier les goulets d’étranglement. Il le répétait déjà dans Le Figaro en juin 2022 : « Il faut réorganiser le fonctionnement des juridictions plutôt que de se lamenter ». Ce conseil, écrit noir sur blanc, n’a jamais été suivi d’effet dans les Landes. La chancellerie, elle, préfère annoncer des postes supplémentaires – 150 magistrats promis pour 2025 en Nouvelle-Aquitaine – sans toucher au mode de fonctionnement archaïque.

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Je me suis entretenue avec un greffier du tribunal de Dax, qui préfère rester anonyme. Il m’a dit : « On nous donne des moyens en retard, sur des logiciels inadaptés, mais personne ne nous demande comment on pourrait mieux travailler. On nous forme toujours pareil. » Au-delà des discours, ce témoignage confirme que l’institution confond quantité et qualité.

Le silence assourdissant des élus locaux

Les élus landais, habituellement prompts à défendre les services publics, restent étrangement silencieux. Hors séquence, j’ai pu échanger avec un conseiller départemental qui balayait : « La justice, c’est le préfectoral. » Une réponse qui montre bien que le sujet est jugé trop politique. Mais pour les Landais, la justice de proximité est un service essentiel. Une mère qui attend neuf mois que la protection s’actionne ne fait pas la différence entre administratif et judiciaire : elle attend.

Il faut le dire : ce débat n’est pas un combat de chiffonniers. Il touche au cœur de la démocratie locale. En 2026, avec une inflation des contentieux (notamment violences intrafamiliales, +18% en un an dans le Sud-Ouest), la question de l’efficacité judiciaire devient vitale.

Vers une modernisation nécessaire

La piste d’Hervé Lehman – une réorganisation profonde des juridictions, avec des objectifs de délais et une meilleure gestion des flux – est peut-être la seule qui tienne sur la durée. Mais elle exige une volonté politique que ni la place Vendôme ni les palais landais ne semblent prêts à assumer. Pendant ce temps, des failles continuent d’exister. Le manque de moyens est un alibi trop parfait pour ne pas être suspect.

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En écrivant cet article, j’ai tenu à rappeler que la justice dans les Landes n’est pas une terra incognita : c’est un service public que les habitants paient de leurs impôts. Réclamer son bon fonctionnement n’est pas une faveur, c’est un droit. La question que pose Lehman, et que je vous pose : quand cesserons-nous de confondre l’absence de volonté avec l’absence d’argent ?