
ONU : la France s’abstient sur le vote de la résolution sur l’esclavage en Afrique
Temps de lecture : 4 min
Points clés à retenir
- Abstention française : La France n’a pas voté en faveur d’une résolution de l’ONU qui proclame la traite des esclaves africains comme crime le plus grave contre l’humanité, au motif qu’elle refuse de « créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité ».
- Un débat de fond : Cette position soulève des questions sur la reconnaissance des crimes historiques et la place de la France dans les débats mémoriels internationaux.
- Un écho local : Dans les Landes, où l’histoire de l’esclavage et du commerce triangulaire n’est pas absente, cette abstention interpelle des acteurs associatifs et historiens.
Une abstention qui interroge
Il faut le dire : cette semaine, la France a fait parler d’elle aux Nations Unies. Et pas forcément en bien. Alors qu’une résolution visant à proclamer la traite des esclaves africains comme « le crime le plus grave contre l’humanité » était soumise au vote, Paris a choisi de s’abstenir. Ce qu’on observe, c’est que derrière une position de principe affirmée par le chef de la diplomatie française – refuser de « créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité » –, les réactions locales sont nombreuses. Car sur le terrain, dans les Landes comme ailleurs, cette question dépasse le cadre onusien.
Concrètement, que s’est-il passé ?
Le 24 avril dernier, une résolution présentée par plusieurs pays africains a été mise aux voix à l’Assemblée générale des Nations Unies. Son objectif : reconnaître que la traite négrière transatlantique est le crime le plus grave contre l’humanité jamais perpétré, en raison de son ampleur, de sa durée et de ses conséquences. Dans les faits, la France ne s’est pas opposée au texte – elle ne l’a pas rejeté – mais elle s’est abstenue. Concrètement, cela signifie qu’elle n’a pas voulu prendre parti. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a justifié cette abstention en expliquant qu’une telle qualification risquait de créer une hiérarchie entre les souffrances humaines.
Un argumentaire contesté
Cet argument ne passe pas partout. Au-delà des discours officiels, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une forme d’évitement. Pour nombre d’historiens et d’acteurs associatifs, reconnaître la traite des esclaves comme crime majeur ne signifie en rien minimiser d’autres atrocités. C’est simplement acter une réalité historique, documentée, chiffrée : pendant des siècles, des millions d’Africains ont été arrachés à leur terre, vendus, transportés dans des conditions inhumaines, réduits en esclavage. Leurs descendants, partout dans le monde, portent encore les stigmates de ce système. Ne pas le nommer clairement, c’est prendre le risque d’affaiblir la portée du message.
Des réactions locales dans les Landes
Dans les Landes aussi, ce sujet a des répercussions. Si notre département n’est pas le premier lieu associé à l’histoire de l’esclavage en France, il entretient pourtant des liens ténus avec ce passé. Plusieurs familles landaises ont été impliquées dans le commerce triangulaire au XVIIIe siècle, et des ports comme Bayonne ont servi de points de départ pour des expéditions négrières. Je me suis entretenue avec Marie-Claire Dufour, membre de l’association landaise Mémoires et Partages, qui suit ces questions de près. « Cette abstention, c’est un désaveu pour les communautés africaines et afro-descendantes, y compris ici. On nous dit qu’il ne faut pas hiérarchiser les crimes, mais c’est oublier que l’esclavage a été un crime de masse institutionnalisé pendant des siècles, avec des conséquences qui durent encore aujourd’hui », m’a-t-elle confié.
Un sujet qui divise la classe politique
Sur le plan national, les réactions ne se sont pas fait attendre. L’opposition a vivement critiqué l’abstention française. Plusieurs parlementaires ont rappelé que la France avait déjà, par le passé, reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité (loi Taubira de 2001). Pour eux, cette abstention est un signe d’incohérence diplomatique. En revanche, d’autres voix, plus modérées, estiment que la position française se veut prudente : à l’ONU, chaque mot compte, et qualifier un crime du « plus grave » pourrait avoir des précédents juridiques complexes, notamment en droit international. Le débat est donc loin d’être tranché.
Et maintenant ?
Cette résolution, bien qu’adoptée avec une large majorité, n’a pas de valeur contraignante. Mais sur le terrain, son impact symbolique est immense, d’autant plus en 2026, année de commémoration des 180 ans de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Dans les Landes, des conférences et des expositions sont prévues pour marquer cette date. L’abstention française risque de jeter une ombre sur ces événements. Je continuerai à suivre de près les réactions des acteurs locaux – associations, enseignants, représentants politiques – qui, chacun à sa manière, prolongent le débat bien au-delà des discours officiels. Parce qu’informer, ce n’est pas seulement relater, c’est aussi mettre en perspective.