Audiovisuel public : le clash final qui interroge nos médias

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Ce qu’il faut retenir

  • Transparence : La défense agressive de Delphine Ernotte face au rapporteur pose question sur l’accès aux données financières du service public.
  • Distanciation : Ce débat parisien semble à des années-lumière des préoccupations des Landais sur la couverture de leur territoire.
  • Financement : La confusion entre chiffre d’affaires et dotation publique révèle un débat biaisé sur le coût réel de l’audiovisuel public.

Un clash parisien qui résonne sous les pins

« Pardon d’être aussi directe, Monsieur le rapporteur, mais ce que vous dites est absolument faux. » La phrase, cinglante, a claqué mercredi dans l’hémicycle de la commission d’enquête parlementaire. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, face au rapporteur Charles Alloncle, a finalement lâché la retenue qu’elle affichait en décembre dernier. L’ultime audition de cette commission sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public s’est achevée sur un accrochage violent, presque un règlement de comptes. Concrètement, quatre mois d’auditions, 67 personnes entendues, pour aboutir à cette confrontation stérile ?

Sur le terrain, à Lacanau ou à Mont-de-Marsan, on pourrait croire que ce débat ne nous concerne pas. Un énième affrontement politique dans les cercles parisiens, loin de nos préoccupations quotidiennes. Je vous entends déjà : « Encore des histoires de Paris ! ». Pourtant, il faut le dire, ce qui se joue dans cet hémicycle touche directement à la manière dont notre territoire est raconté, représenté, et finalement compris. Quand la patronne du service public audiovisuel se défend bec et ongles contre des accusations de partialité, c’est aussi l’équilibre de la couverture de nos régions qui est en jeu.

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Au-delà des chiffres, un procès en légitimité

« Vous mélangez chiffre d’affaires et dotation publique… Vous additionnez deux rapports de la Cour des comptes sans le préciser. » La réplique de Delphine Ernotte pointe le cœur du problème : un débat biaisé par des approximations comptables. Dans les faits, la commission, lancée à l’initiative de la droite et de l’extrême droite, cherchait à prouver une mainmise idéologique de la gauche sur les rédactions. La présidente de France Télévisions a dénoncé un « procédé très manipulatoire ».

Mais ce qu’on observe, depuis nos Landes, c’est que cette bataille sur les chiffres masque une question plus essentielle : à quoi sert l’audiovisuel public en 2026 ? Est-ce une machine à produire de l’audience face aux plateformes, ou un service qui doit aussi, et peut-être surtout, assurer une couverture équitable du territoire national ? Quand je discute avec les acteurs associatifs de Dax ou les commerçants de Capbreton, leur critique n’est pas politique, elle est géographique. Ils se sentent souvent invisibilisés, relégués au rang de décors estivaux ou d’images d’archives.

La neutralité, un idéal introuvable ?

L’obstination du rapporteur à « prouver qu’en dépit de la réalité, l’audiovisuel public est noyauté par la gauche », comme le relèvent les comptes-rendus, interroge. Sur le terrain de l’information locale, la notion de neutralité est beaucoup plus complexe qu’un simple alignement partisan. Elle touche à la diversité des sujets traités, à l’équilibre entre urbain et rural, à la place laissée aux voix des habitants, des élus locaux, des entrepreneurs.

Prenez le dossier de la forêt landaise, de la gestion de l’eau ou du développement du littoral. Au-delà des discours politiques nationaux, il y a des réalités techniques, environnementales, sociales qui demandent un traitement nuancé, approfondi. L’accusation de partialité idéologique occulte cette exigence de profondeur et de contextualisation que les Landais sont en droit d’attendre. Quand France 3 Nouvelle-Aquitaine consacre un reportage à la filière bois, est-ce un choix de gauche ? Non. C’est un choix éditorial pertinent pour un territoire dont l’économie en dépend.

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Le financement : l’arbre qui cache la forêt

La confusion dénoncée par Delphine Ernotte entre chiffre d’affaires (généré par la publicité) et dotation publique (issue de la redevance et maintenant du budget de l’État) n’est pas anodine. Elle alimente un récit simpliste : « l’audiovisuel public coûte trop cher ». Dans les faits, ce débat occulte la question de la valeur ajoutée du service public. Quelle est la part du budget consacrée à la couverture des territoires comme le nôtre ? Combien de journalistes sont affectés à la rédaction de Mont-de-Marsan ou de Bayonne par rapport à il y a dix ans ?

Concrètement, les réductions budgétaires successives ont un impact direct sur le maillage territorial. Moins de moyens, c’est souvent moins de reportages de proximité, moins d’enquêtes au long cours, plus de reprise de dépêches. La commission d’enquête s’est perdue dans une guerre de tranchées politicienne au lieu d’ouvrir le dossier essentiel de l’adéquation entre les missions de service public et les moyens alloués pour les remplir sur tout le territoire.

Et les Landais dans tout ça ?

En écoutant les échanges tendus de cette ultime audition, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce qui manquait à la table : la voix des usagers. Pas les lobbyistes, pas les experts parisiens, mais les téléspectateurs de Soustons, les auditeurs de Radio France Gascogne, les internautes qui cherchent une information fiable sur leur bassin de vie. Ce qu’on observe localement, c’est un attachement réel à France Bleu Gascogne, à la couverture des événements sportifs locaux, aux magazines qui parlent de notre patrimoine.

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Mais il y a aussi une frustration grandissante face à un traitement parfois superficiel, à la difficulté de faire remonter des sujets qui ne correspondent pas aux « formats » nationaux. La commission aurait pu interroger cette relation entre le service public et ses publics territoriaux. Elle a préféré un procès en intention. Il faut le dire : la défense vigoureuse de Delphine Ernotte, si elle était attendue, ne répond pas à nos interrogations de terrain. Elle défend une institution, pas nécessairement son ancrage local.

Vers un après-clap constructif ?

Le clap de fin est tombé sur cette commission. Reste maintenant le rapport, qui sera rendu dans les prochaines semaines. Au-delà des discours et des polémiques, on peut espérer qu’il contienne des préconisations utiles pour renforcer le lien entre l’audiovisuel public et les territoires. Des pistes concrètes existent :

  • Un indicateur clair de la part de la production et de l’antenne consacrée à la couverture régionale et locale.
  • Des mécanismes de consultation réguliers des publics et des acteurs locaux sur les grilles et les sujets.
  • Une transparence accrue sur la répartition géographique des moyens humains et financiers.

Le clash de mercredi est symptomatique d’un débat national mal posé. Sur le terrain, nous avons besoin d’un audiovisuel public qui assume pleinement sa mission de service sur tout le territoire, pas seulement dans les zones de forte densité. Un service qui résiste à la tentation du tout-Paris et du sensationnalisme facile. La neutralité dont il faut parler, c’est peut-être d’abord celle du regard : un regard qui ne hiérarchise pas les territoires, qui donne à voir la complexité et la richesse de la France dans son ensemble, forêt des Landes comprise.

La balle est maintenant dans le camp des parlementaires. Souhaitons que leur rapport aille au-delà du compte-rendu d’un bras de fer stérile pour esquisser les contours d’un audiovisuel public recentré sur sa raison d’être : servir l’intérêt général, partout et pour tous. Y compris, et surtout, sous les pins.