
Les agriculteurs landais mobilisés
Une centaine d’agriculteurs landais ont manifesté ce samedi devant la préfecture de Mont-de-Marsan. Cette mobilisation, qui réunit les syndicats, vise à soutenir les éleveurs bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse et à contester la politique d’abattage systématique mise en œuvre par le gouvernement.
C’est un rassemblement inhabituel qui s’est tenu ce samedi matin dans la capitale montoise. Le Modef, la Confédération Paysanne et la Coordination rurale, trois syndicats qui défendent rarement les mêmes positions, ont appelé conjointement à la mobilisation. Selon les informations rapportées par France Bleu Gascogne, environ cent agriculteurs ont répondu à l’appel.
Le cortège s’est d’abord formé vers 9 heures au rond-point de Saint-Avit, également appelé rond-point des pompiers, sur la rocade de Mont-de-Marsan. Huit tracteurs et une dizaine de voitures ont ensuite convergé vers la préfecture des Landes, où les manifestants sont arrivés aux alentours de 10h30 dans un concert de klaxons.
Solidarité avec les départements touchés
Si le département des Landes ne recense à ce jour aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse, les agriculteurs landais ont tenu à manifester leur solidarité avec leurs homologues d’autres territoires. En Ariège, dans les Hautes-Pyrénées et depuis peu en Haute-Garonne, des abattages de troupeaux entiers ont été ordonnés pour tenter de freiner la propagation de cette maladie virale qui affecte les bovins.
La situation s’est particulièrement tendue jeudi dernier dans l’Ariège, où quelque 500 agriculteurs s’étaient rassemblés pour soutenir un éleveur contraint de faire euthanasier son troupeau. L’évacuation mouvementée par les forces de l’ordre a provoqué une onde de choc dans le monde agricole et déclenché une série de mobilisations à travers toute la France.
Au cœur des revendications : la fin de l’abattage total et la mise en place d’une vaccination généralisée à l’ensemble du territoire français. Les syndicats contestent la stratégie sanitaire du ministère de l’Agriculture, qui privilégie l’abattage systématique des troupeaux dès la détection d’un cas.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a pourtant maintenu sa position ce samedi sur France Bleu Occitanie. « Pour sauver toute la filière, l’abattage est la seule solution », a-t-elle affirmé, estimant que sans cette mesure radicale, « au bas mot 1,5 million de bovins » risqueraient de mourir. Elle a néanmoins promis qu’« aucun éleveur ne sera laissé seul » et que « les pertes seront indemnisées ».
Extension de la vaccination obligatoire
Par un arrêté publié vendredi 12 décembre, le gouvernement a étendu les zones de vaccination obligatoire à l’ensemble de l’Occitanie et de la Nouvelle-Aquitaine, face à « la dégradation soudaine de la situation sanitaire ». Cette décision concerne donc désormais les éleveurs bovins landais, qui devront faire vacciner leurs troupeaux contre la dermatose nodulaire contagieuse.
Annie Genevard a précisé que « près d’un million d’animaux » seront vaccinés dans les semaines à venir sur l’ensemble de ces deux régions. Une mesure qui, si elle va dans le sens des revendications des syndicats agricoles, ne suffit pas à apaiser la colère tant que la politique d’abattage total reste en vigueur.
La mobilisation landaise s’inscrit dans un mouvement plus large qui a touché plusieurs départements durant le week-end. Dans la nuit de vendredi à samedi, plusieurs axes routiers majeurs du Sud-Ouest ont été perturbés. La quatre-voies Dax – Mont-de-Marsan est actuellement bloquée par des agriculteurs.
Les actions les plus marquantes ont eu lieu :
- À Carbonne en Haute-Garonne, où une quarantaine de tracteurs ont bloqué l’axe Toulouse-Pau sous la houlette de Jérôme Bayle, leader des « Ultras de l’A64 », le groupe qui avait lancé la grande mobilisation nationale de janvier-février 2024
- À Lescar près de Pau et à Saint-Pierre-d’Irube près de Bayonne, où la Coordination rurale des Pyrénées-Atlantiques a organisé des blocages d’échangeurs autoroutiers dès 22 heures vendredi
- Sur la RN20 au sud de Tarascon-sur-Ariège, un blocage à durée indéterminée s’est installé sur cet axe stratégique vers l’Andorre et l’Espagne
Dans le Gers, la Coordination rurale a maintenu un blocage sur la rocade d’Auch toute la nuit de vendredi, accompagné du déversement de bennes sur plusieurs ronds-points. Des opérations similaires ont été menées dans l’Allier, le Cantal, en Haute-Loire, dans le Doubs ou encore dans la Manche.
Un contexte agricole déjà tendu
Cette mobilisation autour de la dermatose nodulaire intervient dans un climat agricole particulièrement délicat. Les agriculteurs landais s’étaient déjà fortement mobilisés en novembre dernier, la Coordination rurale ayant notamment bloqué la Scalandes, la centrale d’achats Leclerc de Mont-de-Marsan, pendant plusieurs jours.
Les préoccupations du monde agricole dépassent largement la seule question sanitaire. Les syndicats dénoncent régulièrement :
- La signature imminente de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, perçu comme une menace pour la souveraineté alimentaire française
- L’empilement des normes administratives et environnementales
- La concurrence jugée déloyale de certains pays appliquant des standards moins stricts
- La faiblesse des revenus agricoles malgré les charges croissantes
Le département des Landes avait déjà connu d’importantes perturbations en janvier 2024, lorsque les agriculteurs avaient bloqué l’A65 au niveau du péage du Caloy près de Mont-de-Marsan et l’A64 à Peyrehorade pendant plusieurs jours, paralysant les principaux axes de circulation du département.
Vers une prolongation de la mobilisation ?
Malgré les assurances de la ministre de l’Agriculture sur l’indemnisation des éleveurs touchés et l’extension de la vaccination, les syndicats agricoles ne semblent pas prêts à désarmer. La Confédération paysanne a appelé à des « blocages partout » en France, tandis que la Coordination rurale a déjà annoncé une manifestation lundi devant la permanence d’Annie Genevard à Pontarlier dans le Doubs.
Dans les Landes, la mobilisation pourrait se poursuivre dans les jours à venir si le gouvernement ne modifie pas sa stratégie sanitaire. Les syndicats attendent des autorités un changement de protocole : l’abattage ciblé des seuls animaux positifs plutôt que l’élimination systématique des troupeaux entiers, accompagné d’une surveillance renforcée et d’une vaccination généralisée.