
Micropolluants : une première en France testée dans les Landes
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Points clés à retenir
- Expérimentation unique : neuf technologies issues de trois familles sont testées simultanément sur une unité pilote mobile à Mont-de-Marsan, une première en France.
- Calendrier et objectifs : l’expérimentation dure six mois à partir de mars 2026, avec pour but de mesurer l’efficacité, la consommation et les coûts de chaque procédé pour éliminer les micropolluants.
- Vers la réutilisation : les résultats visent à préparer une réglementation européenne contraignante à l’horizon 2045 et à permettre une réutilisation sûre des eaux traitées pour l’agriculture et l’industrie.
Une station unique en son genre
Sur le terrain, à la station d’épuration de Conte à Mont-de-Marsan, cinq conteneurs ont pris place depuis mars 2026. Ils abritent neuf technologies de traitement des micropolluants, testées seules ou combinées. L’unité pilote, installée avec l’opérateur OTV Veolia, traite deux mètres cubes d’eau par heure, prélevés après le traitement classique de la station. Objectif : mesurer l’efficacité de chaque procédé, sa consommation d’énergie et de réactifs, et déterminer les meilleures combinaisons.
Trois familles de technologies
Concrètement, les technologies testées relèvent de trois grandes familles : l’adsorption sur charbon actif, l’oxydation avancée et la filtration membranaire. « Une technique peut être complémentaire d’une autre et être utilisée pour diminuer les rejets de l’autre », m’explique Philippe Sauvignet, directeur technique d’OTV. L’idée n’est pas seulement d’éliminer les molécules indésirables, mais aussi de réduire les déchets secondaires et de baisser les coûts énergétiques. Chaque procédé est calibré par une équipe de trois personnes présente en permanence.
Pourquoi ce projet est innovant
Au-delà des discours sur la transition écologique, ce projet landais marque une rupture. Alors que la plupart des expérimentations en France se limitent à une seule technologie, celle-ci en réunit neuf sur un même site, ce qui constitue une première nationale. Le coût total s’élève à 1,8 million d’euros, financé à 50 % par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, et soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, le centre technique de l’eau de Limoges et l’Office international de l’eau.
De l’expérimentation à la réglementation
Il faut le dire : les micropolluants – résidus de médicaments, cosmétiques, pesticides, PFAS et autres molécules émergentes – passent aujourd’hui entre les mailles du filet des stations d’épuration classiques. La France n’impose pas encore leur élimination, mais l’Europe a fixé un cadre : d’ici 2045, les collectivités devront traiter ces substances. Dans les Landes, on a pris les devants. Patricia Beaumont, conseillère départementale chargée de la transition énergétique, me rappelle l’historique : « En 2021, nous avons fait de la préservation de l’eau un enjeu majeur. Après une étude de faisabilité en 2022 et un voyage en Suisse en 2023, nous passons maintenant à l’action. »
Vers une réutilisation de l’eau
Les relevés quotidiens sur les données de consommation sont complétés par des échantillonnages hebdomadaires, une à trois fois par semaine, sur les effluents juste avant leur rejet dans le milieu naturel. Objectif final : produire des données exploitables pour d’autres stations, et ouvrir la voie à une réutilisation des eaux usées traitées – pour l’irrigation agricole, mais aussi pour des usages industriels. Comme le résume Philippe Sauvignet : « Obtenir à la sortie une haute qualité de l’eau permettrait de prélever moins de ressource dans le milieu naturel. » Une perspective que ce projet pilote pourrait concrétiser d’ici quelques années.