Vincent Bolloré lance l’Institut de l’espérance : un think tank pour peser sur 2027

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Points clés à retenir

  • Instrument politique discret : Déposé en avril 2025, l’Institut de l’espérance, présidé par Bolloré lui-même, vise à « préconiser des solutions de bon sens d’inspiration chrétienne » pour 2027, sans passer par un parti.
  • Programme radical : Le think tank propose de ramener les dépenses publiques à 49 % du PIB, de durcir les politiques migratoires et de limiter l’accès à l’IVG, un agenda ultraconservateur.
  • Extension logique : Après la presse, l’édition et les réseaux sociaux, Bolloré ajoute une brique idéologique à son empire d’influence pour façonner le débat public.

Ce qu’on observe sur le terrain landais

Il faut le dire : quand j’ai vu passer l’information discrètement dans les dépêches, je me suis dit que ce n’était pas juste une énième fondation patronale. Sur le terrain, dans les Landes, on connaît bien la mécanique Bolloré – du moins, ses effets concrets. Entre les chaînes d’info en continu et les magazines people, son empire médiatique a déjà largement modelé les représentations. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est une nouvelle étape.

Concrètement, l’Institut de l’espérance n’est pas un simple cercle de réflexion de plus. Le 11 avril 2025, Vincent Bolloré a déposé lui-même les statuts de cette association. L’objet ? « Créer un espace de réflexion d’inspiration chrétienne réunissant des personnes intéressées à collaborer en vue de préconiser au service du bien commun des solutions de bon sens aux défis de l’époque. » Derrière les mots choisis avec soin, c’est bien une machine à produire des idées politiques qui se met en branle.

Un argumentaire chrétien pour draper un programme radical

Dans les faits, les premières orientations dévoilées par l’institut ne laissent guère de place au doute. Quatre thématiques structurantes : pouvoir d’achat, liberté et sécurité, prise en charge des plus vulnérables, et la quête d’une « France heureuse ». Mais quand on gratte un peu, les mesures concrètes sont tranchantes.

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Au programme : ramener les dépenses publiques de 57 % à 49 % du PIB – ce qui représenterait des coupes drastiques dans les services publics, les hôpitaux, les écoles. Lutter contre l’immigration, et surtout limiter l’accès à l’interruption volontaire de grossesse. Ce dernier point, directement emprunté à l’arsenal des mouvements anti-IVG, est une petite bombe dans le paysage politique français, où le droit à l’IVG est pourtant constitutionnalisé depuis 2024.

L’ancien président du réseau des entrepreneurs et dirigeants chrétiens, qui a participé au lancement, résume l’ambition : « Dans un monde où beaucoup de gens pensent que tout est foutu, que le chaos toujours plus grand est devant nous, ce groupe a vocation à poser une vision porteuse d’espérance déclinée avec des mesures concrètes. » Un discours qui, au-delà des discours, vise surtout à préparer l’après-2027.

De CNews à l’Institut : la stratégie d’influence totale

Il faut le dire franchement : on n’est plus dans le simple lobbying médiatique. Après avoir verrouillé une partie de la presse écrite (Le Journal du Dimanche, Paris Match, Europe 1) et pris le contrôle de la maison d’édition Fayard, Bolloré s’attaque désormais au soft power idéologique. L’Institut de l’espérance pourrait bien jouer un rôle comparable à celui de la Heritage Foundation aux États-Unis, qui a fourni le programme de l’administration Trump.

Les influenceurs et cadres du think tank ne sont pas choisis au hasard. Concrètement, l’institut veut « s’appuyer sur des individualités compétentes, courageuses et déterminées ». Autrement dit : pas de place pour les tièdes, ceux qui doutent. La ligne est fixée d’en haut. Le positionnement politique, lui, est assumé comme étant d’ultraconservateur – même si le mot n’apparaît nulle part dans les statuts, remplacé par le plus consensuel « d’inspiration chrétienne ».

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Présidentielle 2027 : le calendrier de l’influence

Nous sommes en avril 2026, et le compte à rebours est lancé. Dans un an, les Français retourneront aux urnes pour choisir leur président. Avec l’Institut de l’espérance, Bolloré ne cache plus son intention de peser sur le débat politique de manière directe, en fournissant un corpus d’idées clé en main aux candidats de droite et d’extrême droite.

Ce qu’on observe depuis plusieurs mois, c’est une double stratégie : d’un côté, les chaînes d’info en continu formatent l’opinion sur des sujets clivants ; de l’autre, ce think tank produit une légitimation intellectuelle des mesures les plus radicales. Les députés et candidats potentiels pourront ainsi – au-delà des discours – puiser dans un catalogue de propositions « toutes faites », sous couvert de réflexion chrétienne.

Pendant que les partis traditionnels peinent à se renouveler, cette machine d’influence vient combler un vide. Sur le terrain, j’ai déjà entendu des élus locaux landais s’interroger sur cette nouvelle donne. « On voit bien que les priorités changent, que les mêmes thèmes reviennent en boucle – immigration, pouvoir d’achat, sécurité – mais avec une radicalité qu’on n’avait pas il y a cinq ans », me confiait un conseiller municipal d’une commune du Marsan, sous couvert d’anonymat.

Au-delà des discours : quelles conséquences pour les Landes ?

Les propositions économiques de l’Institut – baisse drastique des dépenses publiques – auraient un impact immédiat dans notre département rural. Réduction des dotations aux collectivités, coupes dans les services de proximité, remise en cause des aides sociales : ce sont des pans entiers du modèle social français qui seraient grignotés. Dans les Landes, où une partie de l’économie repose sur le tourisme, l’agriculture et les services publics, cela aurait des conséquences très concrètes sur le quotidien.

Il faut le dire : ce think tank n’est pas un simple exercice de communication. Il s’inscrit dans une stratégie méthodique de conquête idéologique, qui dépasse les clivages partisans. En produisant des propositions « prêtes-à-copier », il offre une boîte à outils aux candidats qui voudraient incarner un programme de rupture, sans avoir à le rédiger eux-mêmes. Une forme de sous-traitance politique.

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Les Landais, comme beaucoup de Français, suivent ces évolutions avec un mélange de curiosité et d’inquiétude. Sur le marché de Mimizan ou dans les cafés de Dax, les conversations reviennent souvent sur l’emprise grandissante de certains médias. « On n’arrête pas d’entendre les mêmes voix, les mêmes avis, confie un retraité d’Azur. On a l’impression que tout est déjà écrit. »

Enquête de proximité : qui sont les relais locaux ?

Sur le terrain, j’ai cherché à savoir si des personnalités landaises étaient associées à l’Institut de l’espérance. Pour l’instant, le vivier de ce think tank semble surtout parisien et technocratique. Mais il ne faut pas sous-estimer les relais d’opinion locaux. Élus, responsables économiques, têtes de liste aux législatives : tous sont susceptibles, demain, de s’approprier ce corpus d’idées produit par Bolloré.

Ce qu’on observe, c’est surtout l’émergence d’un réseau d’influence qui s’étend discrètement. Plusieurs maires des Landes m’ont confié avoir été sollicités par des think tanks nationaux pour participer à des tables rondes sur « le réveil des territoires » – des forums souvent sponsorisés par des fondations proches des milieux d’affaires conservateurs. Derrière les invitations flatteuses, il faut savoir lire la carte des influences.

Au-delà des discours, c’est bien la question de la démocratie locale qui est posée. Quand un milliardaire, propriétaire d’un empire médiatique et actionnaire de grandes sociétés, peut se payer le luxe de créer un think tank à son image, la frontière entre liberté d’expression et manipulation de l’opinion devient de plus en plus floue. L’Institut de l’espérance n’est pas un parti politique, mais il peut peser autant – sinon plus – qu’un parti, en fixant l’agenda du débat.

Je continuerai à suivre ce dossier de près, car il nous concerne tous, ici dans les Landes comme ailleurs. L’influence ne se décrète pas : elle se construit à coups de petites pièces rapportées, de concepts recyclés sous emballage chrétien, et de présence médiatique omniprésente. C’est à nous, journalistes de terrain, d’éclairer ces mécanismes et de donner aux citoyens les clés pour comprendre ce qui se joue – avant que le programme ne soit déjà en place.