
Brassempouy et Samadet : l’art dans les Landes, du mammouth à la faïence
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Ce qu’il faut retenir
- Héritage : La Dame de Brassempouy, vieille d’au moins 30 000 ans, est le plus ancien visage humain connu, un témoignage artistique exceptionnel du Gravettien.
- Savoir-faire : De la sculpture sur ivoire avec des outils minuscules à la décoration raffinée de la faïence de Samadet, le territoire a toujours été un creuset de techniques artistiques.
- Transmission : Les musées et ateliers locaux proposent aujourd’hui des expériences immersives pour toucher du doigt ces gestes ancestraux, du lancer de sagaie à la peinture sur céramique.
Brassempouy : quand le plus ancien visage nous regarde
Sur le terrain, à Brassempouy, on se confronte à une émotion rare. Elle tient dans la paume de la main, à peine 3,65 centimètres de haut, et pourtant, elle nous traverse de part en part. La Dame de Brassempouy n’est pas qu’une statuette. Concrètement, c’est le plus ancien visage humain jamais découvert. Il faut le dire, la préhistoire nous a laissé infiniment plus de bisons et de chevaux que d’humains. Alors, quand on se tient face à cette reproduction dans le mastaba du PréhistoSite, le sentiment est vertigineux.
Je me suis longtemps demandé ce qu’Édouard Piette avait pu ressentir en 1894, lui, le juge de paix d’Eauze passionné d’archéologie. Au-delà des discours, la finesse du travail était telle qu’il a douté de son authenticité. Dans les faits, le doute a été vite levé : l’ivoire de mammouth et la découverte de huit autres statuettes dans la même couche archéologique ont confirmé son incroyable ancienneté. Ce qu’on observe, c’est le geste d’un artiste du Gravettien, il y a au moins 30 000 ans, maniant des burins de silex pas plus grands qu’un ongle.
Un musée qui fait vivre la préhistoire
Le PréhistoSite ne se contente pas d’exposer. Il immerge. Dans l’ArchéoParc, les animaux de l’ère glaciaire – mammouths, rhinocéros laineux – sont reconstitués à taille réelle. On comprend mieux le monde de ces Sapiens, chasseurs-cueilleurs au squelette plus dense que le nôtre, qui parcouraient de grandes distances. J’ai écouté Ophélie Arrasse, médiatrice sur place, expliquer avec passion comment un coquillage méditerranéen pouvait se retrouver en Dordogne. C’est toute une économie de la mobilité et des échanges qui se dessine.
Point d’orgue de la visite, l’« alcôve aux vénus » présente la Dame et ses « copines » découvertes par Piette. Les originaux sont à Saint-Germain-en-Laye, mais les copies permettent une comparaison saisissante avec les Vénus callipyges ou filiformes trouvées ailleurs en Europe. Ici, l’accent est mis sur l’expérience. Jusqu’à fin novembre, une trentaine d’ateliers permettent de tailler le silex, d’allumer un feu sans allumettes ou de lancer une sagaie au propulseur. Une manière tangible de se reconnecter à ces gestes fondateurs.
Samadet : l’épopée oubliée de la faïence landaise
Il suffit de traverser les Landes pour faire un bond de plusieurs millénaires et atterrir à Samadet. Ici, l’histoire artistique s’écrit en bleu cobalt, rouge de Thiviers et jaune antimoine. Au musée départemental de la Faïence, on plonge dans une épopée industrielle méconnue. Pendant plus d’un siècle, de 1732 à 1838, une manufacture royale y a produit une faïence au style reconnaissable, exportée jusqu’aux Antilles.
Des bâtiments, il ne reste rien. Mais la mémoire, elle, est intacte, portée par 300 pièces exposées. Frédérique Belotti, responsable de la médiation, m’a raconté avec gourmandise le processus : l’argile locale tournée, séchée une semaine, cuite une trentaine d’heures, puis émaillée et décorée par des artisans itinérants avant une seconde cuisson. Les motifs ? Des chardons bleus, des roses, des papillons et des palombes. Un art de vivre à la landaise qui a dû s’incliner, plus tard, face à la porcelaine.
Des ateliers pour perpétuer le geste
Ce qui me frappe, sur le terrain, c’est la volonté de ne pas cantonner ces trésors à des vitrines. À Samadet, le musée a lancé des cafés céramique, une idée rapportée de Paris par sa directrice, Alizée Le Pannérer. Guidés par la décoratrice Rachel de Rueda, les participants s’initient aux décors traditionnels sur mug ou assiette. Nouveauté 2026 : des ateliers cyanotype sur céramique avec Typhaine Bertaut. L’objectif est clair : rendre cet héritage accessible et vivant.
De l’autre côté de la rue à Brassempouy, Valérie Santos a ouvert L’Atelier du Chat d’argent, un café céramique convivial où l’on peint son biscuit avant de le faire cuire. C’est une autre forme de transmission, plus libre, qui fleurit aussi. Dans les faits, ces initiatives racontent une même histoire : celle d’un territoire qui, de la préhistoire à aujourd’hui, n’a jamais cessé de créer, de modeler et de décorer.
Infos pratiques pour votre visite
- PréhistoSite de Brassempouy : Visite guidée musée + ArchéoParc + atelier (2h30) : 11€. Randonnée guidée vers le site des fouilles d’avril à octobre. 404, rue du Musée. 05 58 89 21 73.
- Musée de la Faïence de Samadet : Entrée 4,50€. Cafés céramique et ateliers cyanotype sur réservation (10€). Exposition « Manger à l’œil » du 25 avril 2026 au 15 novembre 2027. 2378, route d’Hagetmau. 05 58 79 13 00.
- L’Atelier du Chat d’argent (Brassempouy) : Café céramique, prix de la pièce inclus. 27, route du Duc. 06 82 24 42 10.
Alors, que vous soyez fasciné par le regard de la Dame ou par le bleu éclatant d’une assiette de Samadet, une chose est sûre : ces lieux vous parlent. Ils racontent la profondeur du temps et la persistance du beau, ici, sous les pins. C’est cette richesse, souvent discrète, que j’aime mettre en lumière.