
Tribunal de commerce : entretiens délocalisés à Biscarrosse
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Points clés à retenir
- Délocalisation inédite : Le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan tiendra des entretiens de prévention à Biscarrosse pour les chefs d’entreprise des Grands Lacs.
- Objectif préventif : Ces rencontres confidentielles et non répressives visent à aider les dirigeants en difficulté avant qu’il ne soit trop tard.
- Économie locale : Malgré un contexte incertain, les créations d’entreprises progressent de 8 % sur le ressort du tribunal.
Sur le terrain, l’information locale ne se limite pas aux grands titres. Ce qui compte, ce sont les initiatives concrètes qui transforment le quotidien des acteurs économiques. À Biscarrosse, une convention signée fin août 2026 entre la Communauté de communes des Grands Lacs et le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan promet de rapprocher la justice commerciale des dirigeants. Une première dans les Landes.
Une délocalisation inédite pour désengorger les tribunaux
Concrètement, le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan sort de ses murs. Depuis le 4 juillet 2026, un projet de délocalisation des entretiens de prévention a été validé. Mais les incendies de l’été ont repoussé sa mise en œuvre. C’est finalement fin août que la convention a été signée avec la Communauté de communes des Grands Lacs. Ce qu’on observe, c’est une volonté d’aller au plus près des chefs d’entreprise du nord des Landes, souvent éloignés de la préfecture. « C’est inédit sur le département. Cela nous permet d’être au plus près des chefs d’entreprise », explique Gilles Roumegoux, président du tribunal depuis quatre ans.
Pourquoi ce choix ? Parce que dans la zone des Grands Lacs, il faut le dire, le tissu économique est dense, et proportionnellement, certaines entreprises rencontrent des difficultés. Se rendre à Mont-de-Marsan pour un entretien de trente minutes représente une demi-journée perdue pour un dirigeant déjà fragilisé. La délocalisation permet de contourner cet obstacle logistique. « Nous avons fait le choix de venir jusqu’à eux », résume le président.
Comment se déroulent ces entretiens de prévention ?
Ces rencontres ne sont pas des audiences. Au-delà des discours, il s’agit d’un dispositif d’accompagnement. Le tribunal identifie les entreprises potentiellement en difficulté et leur adresse une convocation. Libre à elles d’accepter ou non. « Il n’y a rien d’obligatoire », insiste Gilles Roumegoux. Les dirigeants peuvent aussi solliciter eux-mêmes un rendez-vous. Dans une salle dédiée et homologuée à Biscarrosse, ils pourront discuter confidentiellement de leur situation. « Le but est de faciliter l’accès à notre aide, à nos conseils. On émet des idées, des hypothèses, on oriente, on suggère… C’est à lui de prendre la décision. »
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de communication. La convention prévoit également des rencontres avec des groupements d’entrepreneurs pour expliquer le rôle du tribunal. « Nous ne sommes pas qu’une entité répressive. Nous sommes aussi là pour aider les entreprises en difficulté. » Dans les faits, cette initiative vise à briser l’image austère de la justice commerciale.
La santé des entreprises locales : entre prudence et résilience
Interrogé sur le bilan économique de son ressort depuis le début de l’année, Gilles Roumegoux se veut mesuré. Ce qu’on observe, c’est une légère diminution des redressements judiciaires : 33 contre 44 à la même période l’an dernier, soit une baisse de 25 %. Les liquidations judiciaires simplifiées suivent la même tendance : 40 contre 59. En revanche, les liquidations de grosses entreprises augmentent légèrement (11 contre 10).
Autre indicateur positif : les créations de sociétés commerciales. Elles atteignent 398 contre 367 l’an passé, une progression de 8 %. « Un chiffre à l’équilibre », commente le président. Les sociétés civiles ne sont pas en reste avec une hausse de 32 % (210 immatriculations contre 159). « Les gens veulent quand même entreprendre, c’est pourquoi on enregistre beaucoup d’auto-entreprises. On est sur une économie qui ne s’aggrave pas, elle stagne, elle est à l’équilibre. »
Comment expliquer cette vitalité ? Pour Gilles Roumegoux, la réponse tient à la mentalité locale : « les gens ne sont pas démoralisés, ils créent. » Les chiffres des liquidations et redressements traduisent une forme de stabilisation post-Covid, même si le contexte national et international reste incertain. « Progressivement, on retrouve un certain équilibre. »
Les secteurs en souffrance
Si la tendance générale est à l’accalmie, certains secteurs demeurent fragiles. Il faut le dire, l’artisanat et les micro-entreprises sont les plus touchés. « Il y en a beaucoup qui, chaque année, arrêtent car elles n’y arrivent pas. » La restauration rapide n’est pas épargnée, notamment sur la zone côtière. Pizza, kebab, sushi : ces commerces fonctionnent l’été mais souffrent d’une activité réduite en hiver. Une saisonnalité qui pèse sur leur trésorerie.
L’ombre des incendies de l’été 2026
L’actualité récente a également marqué les esprits. Les incendies qui ont ravagé une partie du territoire cet été ont touché de plein fouet le tissu économique. Selon Gilles Roumegoux, 112 entreprises ont été victimes des flammes, dont 53 totalement détruites. « Notre problématique sur Biscarrosse, c’est qu’on ne peut pas intervenir pour l’instant. C’est le temps des assurances, des aides de l’État… On doit attendre que les chefs d’entreprise nous sollicitent. » À ce jour, aucun dirigeant sinistré n’a encore frappé à la porte du tribunal. Mais le président s’attend à ce que les dossiers arrivent d’ici la fin de l’année, lorsque les démarches administratives auront été épuisées.
Sur le terrain, cette délocalisation à Biscarrosse apparaît comme une bouffée d’oxygène pour les chefs d’entreprise du secteur. Elle incarne une justice commerciale plus humaine, à l’écoute des réalités locales. Reste à voir si les dirigeants s’empareront de cette opportunité. Une chose est sûre : le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan montre qu’il peut sortir de sa tour d’ivoire pour aller à la rencontre de ceux qui font l’économie landaise.