Biscarrosse : premiers tirs anti-drones sur hélicoptère Caracal

Temps de lecture : 3 min

Ce qu’il faut retenir

  • Première opérationnelle : l’armée de l’Air et de l’Espace a procédé les 1er et 2 juin 2026 à des tirs air-air contre des drones depuis un hélicoptère H225M Caracal, sur le camp de Biscarrosse.
  • Canon de 20 mm : l’armement de sabord SN20, déjà utilisé en version sol, a montré son efficacité en milieu aérien mobile.
  • Biscarrosse, pivot national : le 17e Régiment d’artillerie confirme son rôle de laboratoire et de centre d’expertise anti-drone.

Un baptême du feu grandeur nature

Sur le terrain, au camp de Biscarrosse, les 1er et 2 juin 2026 ont marqué une date dans l’histoire de l’armée de l’Air et de l’Espace. Pour la première fois, un hélicoptère H225M Caracal a ouvert le feu sur des cibles de type drone. Concrètement, les tirs ont été réalisés depuis un appareil en vol, contre des drones évoluant eux-mêmes dans l’espace aérien. Une manœuvre délicate qui a mobilisé le Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM) et qui valide une capacité qui commençait à manquer à la France face à la multiplication des drones dans les conflits modernes.

Ce qu’on observe dans les images diffusées par le ministère des Armées, c’est la précision du canon SN20 de 20 mm, monté en sabord sur le côté du Caracal. Un équipement qui, jusque-là, était plutôt cantonné à des usages au sol ou sur des tourelles statiques. Dans les faits, c’est tout un savoir-faire qui s’adapté à un environnement bien plus instable : celui du vol.

A lire également  Jean Delas, L'École des loisirs : mort à 86 ans

Biscarrosse, le laboratoire anti-drones des Landes

Il faut le dire, le camp de Biscarrosse n’est pas un site comme les autres. Il abrite le 17e Régiment d’artillerie, spécialisé dans la détection, la neutralisation et même la fabrication de drones. Au-delà des discours, c’est un véritable pôle d’excellence qui s’est constitué sous les pins. La base dispose de moyens de simulation, de tests en vol et d’un espace aérien dédié qui permet de travailler sans risque pour la population civile.

Pour les Landais, cette spécialisation peut sembler lointaine, mais elle a des retombées concrètes. Le camp génère de l’emploi, du savoir-faire et une attractivité pour toute la région. Et puis, dans un contexte géopolitique tendu, savoir qu’ici on prépare la défense du territoire contre la menace des petits drones aériens, c’est rassurant.

Je me souviens avoir rencontré des techniciens du régiment l’année dernière. Leur pragmatisme m’avait frappé : ils ne travaillent pas sur de la théorie, mais sur des pièces, des câbles et des logiciels qu’ils améliorent sans cesse. Ce qu’ils appellent « le bouclier » est en train de se peaufiner sous nos yeux.

Un armement en sabord à l’épreuve

L’armement de sabord du Caracal, c’est un peu le couteau suisse de la plateforme. Installé en porte-à-faux sur le côté de la cabine, il permet d’engager des cibles au sol ou, désormais, en vol. L’expérimentation de Biscarrosse est une réponse à un besoin opérationnel pressant : les drones – qu’ils soient de reconnaissance ou kamikazes – sont devenus la hantise des unités au sol. Les pouvoir les traquer depuis un hélicoptère en vol change la donne.

A lire également  Horsarrieu : les cyclos du Sporting Club roulent ensemble depuis quinze ans

Dans les faits, cette campagne d’essais ne s’est pas faite en un jour. Les équipes du CEAM ont planché des mois pour adapter les procédures de tir, la balistique et les systèmes de visée. Le résultat, c’est un tir à la fois stable et précis, malgré les vibrations de l’appareil. Je connais un ancien artificier, aujourd’hui à la retraite, qui m’a confié que ce genre de saut technologique ne se voyait qu’une fois par décennie.

Ce que cela change pour la défense aérienne française

Au-delà des discours, cette réussite ouvre la voie à une généralisation des tirs anti-drones depuis des hélicoptères en opération. Le Caracal n’est pas le seul concerné : le Panther AS.565SA, en essais depuis 2024, pourrait à son tour embarquer cette capacité. L’armée de l’Air et de l’Espace dispose ainsi d’une palette d’options pour protéger les convois, les bases ou les troupes en mouvement.

Jean-Christophe Lambert, spécialiste des questions de défense interrogé il y a quelques mois, résumait ainsi : « La menace drone est devenue systémique. L’adapter à des plates-formes légères et rapides comme le Caracal est une urgence. » Ses mots sonnent encore plus juste aujourd’hui.

Prochaine étape : la généralisation

Il faut le dire, ces premiers tirs ne sont qu’un début. Le ministère des Armées prévoit d’ores et déjà une série d’essais complémentaires à Biscarrosse, avec d’autres types de cibles et des scénarios de combat plus complexes. Concrètement, les équipes du 17e Régiment d’artillerie vont continuer à affûter leurs méthodes, et les habitants de la côte landaise risquent d’entendre siffler quelques obus de 20 mm de plus dans les mois à venir.

A lire également  Parentalité : une conférence sur l'équilibre éducatif à Tyrosse

Mais comme le dit un sous-officier croisé sur la base : « On préfère les tirer ici que de les découvrir sur le terrain. » Une philosophie qui colle bien à ce territoire où l’on sait que la robustesse se construit dans le calme, avant la tempête.