Observation de cachalots dans le gouf de Capbreton : une rencontre rare

Temps de lecture : 4 min

Ce qu’il faut retenir

  • Cachalots : cinq individus observés le 26 juin 2026, une première en six ans pour l’équipe d’Apex Cetacea.
  • Interactions : des globicéphales noirs ont été vus en interaction avec les cachalots, un comportement encore à l’étude.
  • Pressions : la pollution sonore et les activités humaines menacent la répartition des cétacés, mais le gouf reste un refuge actif.

« Une rencontre qui nous rappelle à quel point cet écosystème unique est précieux et mérite d’être préservé. » Sur son compte Instagram, l’association Apex Cetacea, basée à Capbreton, a publié des images de l’observation de cachalots dans le gouf de Capbreton, vendredi 26 juin. Clément Brouste, comportementaliste animalier et fondateur de l’association, revient sur cette rencontre, à la fois spectaculaire et exceptionnelle.

« Nous avons repéré un souffle inhabituel »

L’observation a eu lieu vendredi matin, lors d’une sortie en mer consacrée à l’étude des cétacés. « Nous avons d’abord repéré un souffle inhabituel, plus marqué que ceux observés habituellement. Nous avons rapidement compris qu’il s’agissait d’un grand cétacé, sans pouvoir identifier l’espèce immédiatement. »

La forme du souffle a ensuite permis d’identifier un cachalot : ses évents sont légèrement orientés vers l’avant gauche, avec un angle d’environ 45 degrés. Ce critère permet de le reconnaître à distance. Le groupe a ensuite observé un deuxième puis un troisième individu, ainsi que des globicéphales noirs à proximité.

A lire également  Dax : les nouvelles commissions municipales installées

Une présence habituelle ? Pas pour les cachalots

Les globicéphales noirs sont relativement réguliers dans le gouf de Capbreton au printemps. Ils y transitent en groupes entre mars et mai avant de repartir au large. Leur présence n’a donc rien d’exceptionnel. En revanche, les cachalots sont observés plus ponctuellement. « Ce qui frappe ici, c’est leur nombre : au moins cinq individus, peut-être davantage. Pour notre équipe, il s’agit d’une première en six années d’observation », explique Clément Brouste.

Des interactions entre espèces à l’étude

Un élément particulièrement intéressant : des interactions entre globicéphales et cachalots ont été observées, un phénomène que l’équipe étudie dans le cadre d’un programme de recherche mené avec l’université de Floride. Chez les globicéphales, ces interactions interespèces relèvent souvent de comportements de « mobbing », une forme d’interaction collective, parfois insistante, dirigée vers d’autres espèces, sans logique de prédation ni de territorialité.

Le gouf, zone de passage et d’alimentation

« Il s’agit très clairement d’une zone de passage et d’alimentation », analyse Clément Brouste. Les animaux suivent le canyon sous-marin sans en sortir, ce qui confirme l’importance de cette structure géologique. Les cachalots sont des plongeurs profonds qui se nourrissent principalement de céphalopodes, notamment de calmars. Leur présence indique donc l’abondance de ces ressources dans la zone.

Des évolutions contrastées pour les cétacés

Les données disponibles montrent des évolutions contrastées. Pour le dauphin commun, les rapports scientifiques, notamment ceux de Pelagis à La Rochelle, indiquent une diminution des populations, liée en partie aux captures accidentelles. Concrètement, cette baisse ne signifie pas nécessairement une moindre visibilité des animaux : ils peuvent se rapprocher des côtes pour se nourrir, ce qui augmente les observations humaines.

A lire également  Nouvelle aire de jeux à Nahuques

En revanche, ce qu’on observe depuis deux à trois saisons, c’est que certaines espèces se tiennent plus au large qu’auparavant. Les globicéphales, par exemple, sont présents en moindre nombre et plus éloignés du littoral.

L’impact des activités humaines : la pollution sonore en tête

Pour Clément Brouste, le lien est clair : « Les activités humaines, notamment les travaux sous-marins et la pression sonore, ont un impact mesurable sur la répartition des cétacés. » Il faut le dire : la pollution sonore est aujourd’hui le facteur le plus préoccupant pour ces espèces. Elle perturbe leurs communications, leurs déplacements et, potentiellement, leurs comportements alimentaires.

Le gouf, un réservoir de biodiversité fragile mais actif

Dans l’ensemble, on observe une pression croissante sur les habitats. La présence de cachalots montre toutefois que ces zones restent fonctionnelles et fréquentées. Au-delà des discours, le gouf de Capbreton est un réservoir de biodiversité fragile mais encore actif. Si ces observations sont encourageantes, elles soulignent surtout la nécessité de renforcer les mesures de protection.

Sur le terrain, l’association Apex Cetacea poursuit son travail de suivi et de sensibilisation. Pour les prochaines sorties, le programme est chargé. Reste à savoir si d’autres rencontres de ce type viendront confirmer la résilience de cet écosystème unique sous les pins.