
Remaniement 2026 : Catherine Pégard à la Culture, quels enjeux pour les Landes ?
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Ce qu’il faut retenir
- Territoire : Le profil de Catherine Pégard, lié aux grandes institutions, pose question pour la culture de proximité.
- Continuïté : Le remplacement de Rachida Dati intervient en pleine campagne municipale parisienne, créant une forme d’instabilité.
- Enjeux locaux : Dans les Landes, la question du financement des petites scènes et de l’accès à la culture reste cruciale.
Un remaniement sous les pins : ce que Paris décide, ce que les Landes vivent
Sur le terrain, à Mont-de-Marsan, Dax ou même dans nos petits villages landais, les annonces de remaniement ministériel résonnent souvent comme un lointain écho. Pourtant, ce jeudi 26 février 2026, la nomination de Catherine Pégard au ministère de la Culture en remplacement de Rachida Dati mérite qu’on s’y attarde. Il faut le dire : quand le portefeuille de la Culture change de mains, c’est l’avenir de nos festivals, de nos bibliothèques, de nos écoles de musique et de nos associations qui se joue aussi, à des centaines de kilomètres des cercles parisiens.
Concrètement, Rachida Dati quitte le gouvernement pour se consacrer pleinement à sa campagne pour la mairie de Paris. Une logique politique que l’on comprend, mais qui crée une forme d’instabilité. Au-delà des discours sur la stabilité, le ministère de la Culture se retrouve une nouvelle fois avec un nouveau ou une nouvelle titulaire. Pour les acteurs culturels landais que je côtoie, c’est souvent le signal d’une période d’incertitude, le temps que la nouvelle ministre prenne ses marques et que ses équipes définissent leurs priorités.
Catherine Pégard : un profil Versailles pour les territoires ruraux ?
Ce qu’on observe, c’est que le parcours de Catherine Pégard est marqué par les hautes sphères. Ancienne journaliste politique, conseillère d’Emmanuel Macron, elle a surtout présidé pendant de longues années le château de Versailles, l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses et les plus visitées au monde. Un CV impressionnant, sans doute. Mais la question que l’on me pose ici, dans les Landes, est simple : cette expérience de la grande culture, des budgets colossaux et de la notoriété internationale est-elle un atout ou un handicap pour comprendre les réalités de la culture en milieu rural ?
Dans les faits, la culture landaise, c’est d’abord une myriade de petits acteurs. C’est la compagnie de théâtre amateur qui répète dans une salle des fêtes, le festival de musique actuelle qui peine à boucler son budget, la librairie indépendante qui résiste face aux géants en ligne, ou le cinéma associatif qui maintient une salle dans un bourg de 2000 habitants. Le défi pour la nouvelle ministre sera de ne pas oublier ces maillons essentiels du tissu culturel national, souvent moins visibles mais tout aussi vitaux pour la cohésion sociale et l’accès à la culture pour tous.
Les dossiers chauds qui attendent la nouvelle ministre sur notre territoire
Sur le terrain, plusieurs dossiers brûlants attendent l’attention du nouveau ministère. Je pense notamment à la péréquation des financements. Les grandes métropoles captent une part importante des crédits, tandis que les départements ruraux comme le nôtre doivent souvent faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour monter leurs projets. La répartition des aides du Centre national du cinéma (CNC), le soutien à la création contemporaine hors des capitales régionales, ou le financement de la rénovation des salles de spectacles sont des sujets récurrents.
Autre enjeu crucial : la transmission et l’éducation artistique. Dans les Landes, les résidences d’artistes en milieu scolaire, les projets avec les maisons de retraite ou les ateliers dans les centres de loisirs sont des leviers puissants. Ils dépendent souvent de subventions croisées (État, Département, communes) qui peuvent être fragilisées par un changement de cap à Paris. La pérennisation de ces dispositifs est une attente forte.
Enfin, il y a la question du patrimoine et de la mémoire. Notre territoire est riche d’un patrimoine parfois modeste mais chargé d’histoire : les églises romanes, les sites archéologiques, les musées des traditions locales. Leur entretien et leur mise en valeur nécessitent un partenariat solide avec l’État. La nouvelle ministre hérite également du dossier complexe de la restitution des biens culturels, un sujet qui, même s’il semble lointain, interroge notre rapport à l’histoire et à la conservation.
Ce que disent les acteurs culturels landais : entre espoir et prudence
J’ai pris le temps d’échanger avec plusieurs responsables d’associations, de salles et d’événements culturels landais. Leur réaction à cette nomination est, sans surprise, nuancée. L’espoir, d’abord, qu’une personnalité issue du sérail présidentiel ait une oreille attentive et un poids politique pour défendre le budget de la culture, souvent présenté comme une variable d’ajustement. La connaissance des arcanes du pouvoir par Catherine Pégard pourrait être un atout.
Mais il y a aussi une prudence, teintée de lassitude. « On en est à combien de ministres de la Culture en dix ans ? », me souffle le directeur d’un festival bien connu. Chaque changement implique de renouer le dialogue, de présenter à nouveau les spécificités de son territoire, de craindre une remise à zéro des projets en cours. La crainte, c’est que la culture des territoires soit reléguée au second plan, derrière les grands événements internationaux et les institutions parisiennes.
Un directeur de scène de musiques actuelles (SMAC) me confie : « Notre combat, c’est la démocratisation culturelle au quotidien. On a besoin de stabilité et de signaux clairs. On veut savoir si les contrats de plan État-Région pour la culture seront renforcés, si les fonds pour l’action culturelle en milieu rural seront préservés. Le profil de la ministre importe moins que ses actes concrets dans les mois à venir. » Un discours pragmatique qui résume bien l’attente du terrain.
Au-delà du remaniement : la culture landaise, un écosystème résilient
Il faut le dire, et c’est une force de notre territoire : la vie culturelle landaise ne s’arrête pas aux portes du ministère. Elle est portée par une énergie formidable d’élus locaux, de bénévoles, d’artistes et de professionnels passionnés. Le succès du festival « Les Landes en Scène », la vitalité des cinémas associatifs, le rayonnement de lieux comme l’Atelier des Arts à Mont-de-Marsan ou le Théâtre de la Gare à Dax en sont la preuve.
Ce que j’observe, c’est que cette résilience s’est construite sur des partenariats locaux solides et une certaine autonomie. Le Département des Landes, via son service culturel, joue un rôle clé de coordinateur et de financeur. Les intercommunalités s’impliquent de plus en plus. L’enjeu pour le gouvernement, et donc pour Catherine Pégard, est de venir en appui de cette dynamique, et non de lui imposer un cadre rigide ou de la fragiliser par l’incertitude.
Dans les faits, la balle est maintenant dans le camp de la nouvelle ministre. Les Landais, comme tous les Français des territoires ruraux, attendront des gestes. Une visite, pour commencer, qui irait au-delà des capitales régionales. Une écoute des spécificités de la culture sous les pins, entre océan et forêt. Et surtout, des décisions budgétaires qui traduiront une réelle volonté de soutenir la création et l’accès à la culture partout, et pas seulement dans les lieux les plus médiatiques. L’histoire nous dira si le passage par Versailles aura préparé Catherine Pégard à entendre la musique, parfois plus discrète, mais tout aussi essentielle, de nos territoires.