Municipales Mont-de-Marsan : l’ombre d’une alliance trouble la campagne

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Ce qu’il faut retenir

  • Manœuvre : Un échange entre un proche du maire sortant et l’UDR locale, alliée du RN, est au cœur d’une polémique sur d’éventuelles tentatives de déstabilisation.
  • Contexte : La campagne pour les municipales de 2026 à Mont-de-Marsan s’annonce serrée, avec cinq listes en présence et un maire sortant en quête d’un nouveau mandat.
  • Enjeu : Au-delà des démentis, cette affaire questionne les stratégies d’alliance et la porosité des frontières politiques dans le paysage local.

Un échange qui fait tache dans la campagne

Sur le terrain, à quelques semaines seulement du scrutin municipal de mars 2026, l’air de Mont-de-Marsan sent bon la campagne électorale. Les affiches commencent à tapisser les panneaux, les meetings se préparent. Pourtant, un bruit persistant, venu des coulisses, trouble cette mise en scène démocratique. Concrètement, il est question d’un échange entre un colistier de Charles Dayot, le maire sortant, et Pascal Brustis, délégué départemental de l’UDR dans les Landes. Un parti local qui, et c’est là tout le sel de l’histoire, est officiellement allié au Rassemblement national pour ces élections.

L’UDR affirme que cet élu proche de Dayot a tenté de le convaincre de renoncer à cette alliance avec le RN. Une manœuvre qui, si elle avait abouti, aurait pu compromettre la capacité de la liste menée par Nicolas Leregle à se présenter, faute de candidats suffisants. Dans les faits, le colistier concerné réfute toute tentative de « tendre la main » ou de saborder qui que ce soit. Il reconnaît un simple « échange sur la situation politique locale ». Une version des événements qui contraste singulièrement avec celle portée par l’UDR.

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Cinq listes pour une ville en mutation

Pour bien saisir la portée de cet imbroglio, il faut le dire, il est indispensable de replanter le décor. Mont-de-Marsan, préfecture des Landes, aborde ce scrutin avec un paysage politique particulièrement fragmenté. Ce qu’on observe, c’est la présence de pas moins de cinq listes, un chiffre qui témoigne à la fois d’une vitalité démocratique et d’une certaine dispersion des forces.

  • Charles Dayot (Horizons), le maire sortant, brigue un nouveau mandat. Élu dès le premier tour en 2020, il navigue depuis en distance avec la macronie, bien que son ancienne première adjointe, Geneviève Darrieussecq, siège au gouvernement.
  • Geneviève Darrieussecq (Modem), la députée sortante, mène sa propre liste, créant une concurrence au centre droit.
  • Frédéric Dutin porte une liste d’union de la gauche (PS, PCF, Écologistes…).
  • Nicolas Leregle est le candidat du Rassemblement national, soutenu par l’UDR locale.
  • Enfin, une cinquième liste citoyenne, « Marsan Citoyen », vient compléter ce tableau déjà bien fourni.

Cette multiplication des candidatures s’inscrit dans un contexte démographique particulier. Au-delà des discours de campagne, les chiffres rappellent une réalité tangible : la ville a perdu plus de 1000 habitants entre 2014 et 2020. Une tendance qui, sans doute, pèse sur les débats et les promesses des uns et des autres.

Les stratégies d’alliance à l’épreuve des réalités locales

L’affaire de cet échange controversé jette une lumière crue sur la mécanique, souvent opaque, des alliances et des rapports de force en période électorale. À Mont-de-Marsan, comme dans bien des villes de taille moyenne, les étiquettes nationales peuvent se diluer au contact des réalités du terrain, des relations personnelles et des calculs tactiques.

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La position de Charles Dayot est, à cet égard, intéressante à analyser. Élu sous une étiquette divers droite, ayant pris ses distances avec LREM tout en bénéficiant du soutien d’une ancienne ministre, il incarne une forme de pragmatisme local. Sur le terrain, la question qui se pose est celle de la gestion d’un éventuel second tour. Dans un scénario où la liste RN serait qualifiée, toutes les manœuvres visant à affaiblir sa base (ici, le soutien de l’UDR) pourraient être interprétées comme une tentative de remodeler le champ des possibles.

L’UDR, de son côté, en dénonçant publiquement cet échange, joue aussi son jeu. En mettant en avant une prétendue tentative de manipulation venue du camp adverse, elle renforce sa propre légitimité et scelle, dans le même temps, son alliance avec le RN par un récit de résistance aux « manigances » des autres. Concrètement, cette polémique, qu’elle soit fondée sur un malentendu ou une manœuvre avortée, sert déjà de carburant à la campagne.

L’intérêt général face aux calculs politiques

En écoutant les habitants et les acteurs locaux que je croise, une lassitude transparaît souvent face à ce type de controverses. Elle ne porte pas sur le fond du débat démocratique – la confrontation des projets est saine – mais sur la forme. La sensation que l’énergie se dépense en stratégies de couloir plutôt qu’en discussions de fond sur l’avenir de la ville.

Les enjeux pour Mont-de-Marsan sont pourtant bien réels. La stagnation, voire le recul démographique, interroge sur l’attractivité résidentielle et économique de la préfecture. La gestion des services publics, la transition écologique, le développement du lien social dans une ville qui a perdu des habitants sont des sujets qui méritent une campagne apaisée et exigeante.

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Il faut le dire : cette polémique, si elle occupe l’espace médiatique, ne doit pas éclipser le débat sur les projets. La force d’une démocratie locale réside dans sa capacité à faire émerger, du pluralisme, une vision partagée pour le territoire. Les Landais, et les Montois en particulier, ont l’habitude d’une politique de proximité, souvent moins clivante qu’à l’échelle nationale. Cette culture du dialogue et du concret est un atout qu’il serait dommage de voir sacrifié sur l’autel des calculs tactiques à courte vue.

Alors que nous entrons dans la dernière ligne droite avant le scrutin, l’épisode de cet échange nous rappelle une évidence : dans les faits, la politique locale est un théâtre où le jeu des alliances, des ambitions et des loyautés est complexe. Mais c’est aussi, et surtout, le lieu où se décide le quotidien de milliers de personnes. C’est cette réalité-là, bien plus que les rumeurs de coulisse, qui devrait rester au centre de l’attention. Le véritable enjeu, pour Mont-de-Marsan, n’est pas de savoir qui a parlé à qui, mais bien de déterminer collectivement quelle direction prendre pour les six prochaines années.