
Michel Gardelle, figure majeure de la céramique landaise, s’est éteint
Michel Gardelle, céramiste de renommée internationale, vient de nous quitter. Fondateur du festival international de céramique de l’Abbaye d’Arthous, cet artiste voyageur a profondément marqué le paysage culturel landais pendant près de 40 ans.
Michel Gardelle n’est plus. Né le 15 mai 1949 à Boulogne-Billancourt, l’artiste avait suivi une formation en peinture et sculpture aux Beaux-Arts de Paris dans les années 1960, avant de découvrir la céramique, qui allait devenir son médium de prédilection.
Son parcours s’inscrit dans celui d’une génération qui a révolutionné l’art céramique français. En 1974, Michel Gardelle installe son premier atelier à La Valette, dans la commune de Saint-Sulpice-les-Feuilles en Haute-Vienne. C’est là qu’il commence à explorer les techniques du grès et les cuissons au bois, avant de développer progressivement son style singulier, marqué par des couleurs vives et des formes libres.
Un ancrage landais depuis 1983
Depuis 1983, Michel Gardelle avait fait des Landes sa terre d’ancrage. Installé à Canenx-et-Réaut avec son épouse Louise Gardelle, elle aussi artiste céramiste, il y a développé une œuvre foisonnante, nourrie de ses innombrables voyages à travers les continents.
Peintre de formation, Michel Gardelle s’est rapidement détaché des influences extrême-orientales qui dominaient alors la céramique contemporaine. Il s’est tourné vers les poteries aux couleurs éclatantes des « pays primitifs », rapportant d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient des techniques traditionnelles qu’il réinterprétait avec audace.
« Mes ouvrages de terre et de peintures sont basés sur les architectures, la lumière, les croyances. Une influence de l’Afrique… et des autres… de ce qu’on appelle art premier et cultures premières », expliquait l’artiste.
Le Festival d’Arthous, une aventure de 20 ans
En 1998, Michel Gardelle fonde le festival international de la céramique à l’Abbaye d’Arthous à Hastingues. L’abbaye du XIIe siècle devient sous son impulsion un haut lieu de la céramique contemporaine en Aquitaine.
Directeur artistique du festival pendant près de vingt années, avec le soutien du Département, Michel Gardelle en a fait un véritable carrefour des cultures. De 1998 à 2016, il invite successivement des artistes et artisans du Mali, du Maroc, du Bénin, de Turquie, du Mexique, du Ghana, de Chine, d’Inde et du Brésil. Chaque week-end de Pentecôte, plus de 60 céramistes se donnent rendez-vous dans le cadre historique de l’abbaye.
L’événement devient rapidement incontournable, attirant des milliers de visiteurs curieux de découvrir la diversité des expressions céramiques mondiales. « Pour moi, ce n’est pas un art strictement utilitaire comme on pourrait le penser, mais avant tout un moyen d’expression », confiait-il lors de la 12e édition en 2009.
Un créateur aux multiples facettes
L’œuvre de Michel Gardelle se caractérise par une liberté créatrice sans limites. Ses pièces mêlent formes libres et décors débridés, associant parfois des matériaux divers. Influencé par sa formation de peintre, il travaille la terre vernissée à glaçure plombifère, créant des jarres, boîtes et sculptures où les couleurs vives – cobalts, ocres, rouges éclatants – dialoguent avec des structures puissantes.
Plusieurs de ses créations ont été acquises par le Musée national de Céramique de Sèvres, dont une jarre monumentale et une boîte aux motifs au cobalt sur émail. En 2024, la Maison de la céramique de Samadet lui avait consacré une exposition rétrospective, dernière célébration publique du travail d’un artiste encore animé par sa passion créatrice. En juin dernier, il y commentait encore lui-même ses œuvres lors de visites guidées.
Un passeur de cultures et de savoir-faire
Au-delà de sa pratique artistique, Michel Gardelle était un pédagogue infatigable. En 1997, il a créé l’association Terres d’Aquitaine, dont il assura la présidence jusqu’à la fin de sa vie. Cette structure avait pour vocation de promouvoir les arts plastiques et l’expression céramique à l’échelle internationale, organisant expositions, conférences et rencontres entre professionnels et publics.
Administrateur d’Ateliers d’Art de France à partir de 1989, membre de la commission des FAF Métiers d’Arts à Paris, Michel Gardelle a également parcouru les continents pour transmettre et partager les savoir-faire traditionnels. Il a notamment participé à la construction de fours au Mali, aux côtés d’autres céramistes « libres » comme Brigitte Pénicaud, Claude Varlan et Jacky Coville.
Un héritage artistique et humain
Les œuvres de Michel Gardelle figurent dans plusieurs collections publiques et privées, témoignant d’un art généreux, vibrant et profondément humain. Récompensé à de nombreuses reprises tout au long de sa carrière, l’artiste a marqué plusieurs générations de céramistes par son approche intuitive et poétique du matériau.
Le Conseil départemental des Landes a salué la mémoire d’un artiste majeur, d’un homme de culture et de transmission, dont l’œuvre et l’esprit continueront d’inspirer les créateurs d’aujourd’hui et de demain.
Avec Michel Gardelle disparaît une figure singulière de la scène céramique française, un homme qui aura su faire de la terre un vecteur d’échanges interculturels et d’expression artistique sans frontières. Son atelier de Canenx-et-Réaut, où il a travaillé pendant plus de quarante ans, restera on l’espère le témoin silencieux d’une vie entièrement consacrée à la création et au dialogue entre les cultures.