Pirogue du XVIe siècle dans l’Adour : une découverte inédite

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Points clés à retenir

  • Découverte inédite : un chaland monoxyle du XVIe siècle a été étudié début septembre 2026 à Téthieu, près de Dax.
  • Conception unique : les bords sont monoxyles, mais le fond est constitué de planches assemblées, un cas jamais observé ailleurs.
  • Préservation : après l’étude, l’embarcation a été réenfouie sous plusieurs mètres de sable pour la protéger des crues.

Sur le terrain, au bord de l’Adour, à Téthieu près de Dax, une équipe d’archéologues bénévoles a mené une étude exceptionnelle. Du 7 au 11 septembre 2026, ils ont examiné un chaland monoxyle du XVIe siècle, enfoui dans la rive du fleuve. Cette pirogue, qualifiée de « travail d’orfèvre » par Gilles Kerloc’h, membre du groupe, se distingue par sa conception unique.

Une pirogue pas comme les autres

Ce chaland monoxyle, c’est-à-dire taillé dans une seule pièce de bois, présente une particularité jamais observée : ses bords sont monoxyles, mais son fond, appelé sole, est constitué de planches assemblées. « On n’a jamais vu ça ailleurs », s’étonne Gilles Kerloc’h. Le charpentier qui a conçu cette embarcation avait une véritable vision de la construction navale. À l’origine, la pirogue mesurait environ 10 mètres, une longueur qui exigeait une structure solide. On ignore si ces planches étaient destinées à renforcer la coque ou si elles résultent d’une réparation ultérieure.

Une découverte repérée dès 2020

L’histoire commence en 2020, lorsque Patrick Lamaison, surnommé « l’homme des barthes », repère l’embarcation. Le groupe de passionnés, dirigé par Gilles Kerloc’h, sillonne les rives de l’Adour depuis une vingtaine d’années. Leur objectif : recenser les différents types d’embarcations ayant navigué sur le fleuve et comprendre leur évolution. « On en a découvert une quinzaine », estime l’archéologue bénévole. Ces bateaux du quotidien servaient au transport léger, à la pêche ou aux déplacements. Chaque riverain possédait sa pirogue ou son chaland, comme on a aujourd’hui un couralin.

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Les plus anciens spécimens remontent à la Guerre de Cent Ans, les plus récents au XIXe siècle. Sur Dax, un collègue de l’Inrap a même mis au jour un chaland gallo-romain. La plupart du temps, ces embarcations étaient abandonnées sur place. Mais celle de Téthieu est « une découverte inédite ».

Une méthode de prospection éprouvée

Pour localiser ces vestiges, le groupe utilise plusieurs techniques. La prospection visuelle le long des rives, les excursions pédestres, mais aussi la bathymétrie : un radar permet de sonder le lit de l’Adour et de repérer des embarcations immergées. « Celle-ci était enchâssée dans la rive, une large partie dans l’Adour », précise Gilles Kerloc’h. La majorité des découvertes se font après les crues, au moment de l’étiage, quand des bouts d’épave se dévoilent. Une fois identifiée visuellement, une demande officielle est déposée auprès du Service régional d’archéologie (SRA) Nouvelle-Aquitaine.

Si la démarche est validée, comme ici, on procède au dégagement de l’embarcation pour l’étudier in situ. Avant la fouille, un protocole est défini : installation d’un plateau, découpe tout autour de l’embarcation, puis dégagement manuel aux truelles, pinceaux et brosses pour faire apparaître le bois sans l’abîmer.

« Une fois l’embarcation entièrement dégagée, on commence le travail de prise de notes, d’inventaires, de cote, de photographie, de photogrammétrie, pour avoir tous les éléments visibles et notables », détaille Gilles Kerloc’h. Des fragments sont prélevés pour une datation par carbone 14 ou dendrochronologie.

Une préservation délicate

Pendant la fouille, il faut maintenir le bois humide. « Une embarcation laissée en plein soleil peut se dégrader très rapidement. Au bout d’une semaine, le bois peut se fissurer, se casser », explique l’archéologue. Chaque soir, la pirogue était recouverte de géotextile humidifié. « Pour la garder la plus intacte possible, c’est une veille permanente. »

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Une fois étudiée, l’embarcation est réenfouie pour sa préservation. Celle de Téthieu a été recouverte de plusieurs mètres de sable pour la protéger des crues, des branches et des bois flottés. Une restitution 3D numérique sera réalisée. « Désormais, il faut qu’on finisse le compte rendu, et une fois fini, on envisagera la suite du programme de recherche », conclut Gilles Kerloc’h. Le rapport sera accessible sur le site journals.openedition.org/adlfi/ et diffusé sous d’autres formats (revues, notices, conférences). « Tous les moyens sont bons pour donner ces informations au grand public. »

Concrètement, cette découverte apporte un éclairage nouveau sur la construction navale ancienne dans l’Adour. Ce qu’on observe, c’est une véritable adaptation des charpentiers aux contraintes du fleuve. Au-delà des discours, ces vestiges racontent l’histoire d’un territoire où la circulation fluviale était essentielle. Il faut le dire, le travail de ces bénévoles passionnés permet de préserver une mémoire locale précieuse. Dans les faits, chaque embarcation exhumée est un témoignage unique de la vie des riverains d’autrefois.